vous assistez en temps réel à l'écriture du prochain roman de Christophe Spielberger

Au lac, Lalo.

Ma logique ne me rassure pas. (Violette Leduc)

1 en étau

Les lumières de la salle de projection diminuent, s'éteignent au moment où l'on ne s'y attend plus. Fondu au noir suivi d'un écran blanc, irritant les yeux de spectateurs pourtant avertis de ce qui se joue dans cette pièce, depuis des années les lundis matins, à dix heures précises.
« En courant, Lalo fait six fois le tour du lac. Il n'est pas pressé et ne va que deux fois plus vite qu'un bon marcheur, trois fois qu'une mère et sa poussette, quatre fois qu'un monsieur fatigué mais deux fois moins vite qu'un coureur entraîné, trois fois qu'un cheval au galop ; il pousse parfois longtemps les comparaisons, dans les deux sens et l'on obtient des insectes, un chien et l'inévitable escargot, suivis de pumas et jaguars en file indienne. Ça peut faire passer le premier tour… Le lac est un circuit d'autos, une piste de safari où Lalo palpite à faire chanter son cœur ; sur fond d'eau les yeux qu'il croise sont une promesse de contour, un exercice où le partage est entrevu sans soutien ; effleurer la résistance en respirant à merveille, se laisser faire mais la cadence, Lalo ne doit pas la perdre de vue… Ce sera pour le tour suivant, se dit-il incapable de se retourner, alignant les mètres droit devant il parle en tout six fois, scande à haute voix le numéro du tour au point de départ, et de un ! pour ne pas s'emmêler les chevaux.
Des plaques de glace flottent disjointes. Il les aligne, y laisse pousser du gazon et ça germe aussitôt, tapissant de vert des bouts entiers du lac. Sur sa tête le bonnet de Lalo récolte des gouttes de sang, blessés les nuages ont été heurtés par un plein camion de neige, venu en ravitaillement au-dessus du lac où Lalo entame son second tour. Et s'il fléchit sous le poids inattendu des globules imprégnant la laine, agglomérant ses cheveux, l'envie d'aller plus loin l'emporte haut les mains ! lance un homme aux sous si grippés qu'il se risque à des cambriolages en rase campagne ; hélant les véhicules lents, s'arrêtant devant lui pour ne pas l'écraser, se relève soudain, assomme tel petit gabarit et s'il est trop gros, le menace d'un pistolet crachant des noyaux de chocolat… Heureusement, chacun obtempère et le nécessiteux empoche un butin allant de quelques bonbons à autant d'unités monétaires en papier, si tout va bien sûr une banque serait mieux.
Ne pas s'arrêter de courir, pense Lalo la figure rougie de caillots, guère présentable, croisant une promeneuse au lieu dit du bois menu ; passage vite passé et agréable en toute saison, à l'ombre en été et l'hiver, sans vent. Le sourire à l'œil, cette femme butine des parcelles d'air entre les dents, la lumière qui passe à travers son nez entre et sort le long des joues ; elle n'est plus dans le champ du coureur mais se retourne aussitôt, un réflexe et une question peut-on être au visage rouge ? Elle en perd le trajet de curiosité, dévie vers le cours d'eau, manque de peu le petit pont et tombe dans l'eau de moins zéro degré ; la couche gelée du lac cède sous ses fesses, ses lunettes ricochent, se brisent au contact d'un rocher. Ça va, elle a pied. Touche terre. Le ruisseau moins profond qu'une hauteur de bouteille d'eau. Crie-t-elle de surprise ? Oui et c'est merde ! qui sort de sa bouche, avec personne autour à cet instant du bois menu…Lalo déjà loin, des écouteurs sur ses oreilles, la musique d'un bongo ; lui ne s'est pas retourné, il aurait voulu mais son visage repoussant au second tour. Rester concentré, ne pas déjà chevaucher les routes d'un possible bassin, à malaxer en soirée.
C'est bien de savoir où sont les gens qu'on peut encore rencontrer, songe Lalo au lac où il habite à l'année, voit tout et veut trop, tant il a soif dans ce train où pleurent les petits dormeurs… Les rides de la chanteuse sans chantier, au final on la remercie, ça donne à bientôt ! mais il n'y a plus de place pour les mensonges, sur son cévé que des poses minables alors elle quitte son siège, longe l'allée c'est pas occupé, va se vider dans les vécés métallisés, où son fond d'étoile brille sans rature. Ça suffit les plans ras-le-bol ! Coiffé d'une tasse de sang, Lalo croque du sucre forain. Bouleversé de n'avoir pu fermer l'œil, la nuit dernière il a fait si froid, aucune couverture n'a isolé son trou au cœur ; éprouvé ce midi gelé, entouré de peu d'amateurs, il arrive au promontoire artificiel marquant le milieu d'un tour, en face exacte du camp qu'aucun emplacement ne motive, sinon sa toile tendue sur lui, résidu vivant…
L'été, des visiteurs y trempent leur corps, là juste un clébard dont on repousse la tonte, afin qu'il passe l'hiver. Le regard masqué de boucles, il fait sur la jetée de béton, suivi par son maître au chapeau dégageant bien la figure, flatté, le teint on se connaît ? pense-t-il devant la libre sueur pour l'avoir déjà croisée, à courir mine étirée mais écarlate, Lalo ne remarque rien, laisse l'isolé rattraper son chien et poursuivant leur tour dans l'autre sens, ses pieds froissent le chemin balisant les deux kilomètres circonférant au lac son intérêt sportif, la tournée six fois recommencée, ovale à vue de nez… Là on a des autos se garant sur le parking surélevé, où l'essence se calme ou bien repart et remporte les ayant autre chose à faire, une pilule à prendre, un morceau de viande à abattre, des livres effervescents, élus pour buller… C'est finalement rare, ceux qui tiennent autour aussi longtemps que lui.
Un médecin générique descend en vélo, obtient sa version du parcours un fruit dans une poche, du jambon entre du beurre dans du pain, dans l'autre poche. Il pédale, se gare au bois menu c'est moins venté, au bord du cours d'eau s'attable ; entend à l'aide ! se retourne, Lalo passe devant sa tente et deux ! il dit deux ! deux fois ancre le premier tiers et s'il fatigue des idées réfrigérées, le docteur secourt la dame aux pieds dans l'eau, les réchauffe et mangez mon cochon ! Le coureur en croise deux, tenez de l'eau ! Les deux vont vite au lieu où la glace défrise l'envie de dormir, l'oreiller frimeur dépasse le couple à peine formé, je la voulais ! elle était à moi ! si machine Lalo il y a lieu dit d'une porte enrobée, cette fois ne se retourne pas mais elle le revoit et ça la gêne, ce docteur annonciateur de diversion, déposant déjeuner à bord de l'avion survole le plan d'eau, trace en décalque contre un mouton en forme de nuage, au pré si pi vaut tant, que devient le bonnet rouge ? Il reçoit la ration, les cheveux rosissent, non ! Ça ne va plus, trop d'étau ! »
Fondu au noir. L'écran un moment muet, qui semble une éternité aux personnes assises dans la salle. Retour à l'éclairage ambiant, marquant l'entracte en principe bien plus tard mais ce matin, l'opérateur a senti des réactions inhabituelles au sein des spectateurs, préférant choisir lui-même l'endroit de la première pause.
– Ivan, que signifie ceci ? lance Thom en tournant la tête vers le projecteur qui vient de s'éteindre, levé de son siège plus impatienté qu'il n'aurait voulu.
L'opérateur sort de sa cabine, debout dans l'allée séparant les rangées de fauteuils, d'où il domine la salle et ses deux occupants. Satisfait de son petit effet, il descend néanmoins sans presser le pas, s'efforçant de contenir son enthousiasme.
– Madame, monsieur… Certes, la surprise est de taille pour un lundi, mais comment vous présenter différemment ce qui pourrait bien être la première empreinte mnésique !
Le visage barré d'un large sourire, Ivan a pris le temps de s'asseoir en face de Thom et Bika, stupéfaits par ce qu'ils viennent d'entendre, et par le ton quelque peu solennel de leur collègue et ami… D'ordinaire plutôt calme, depuis la pause Bika n'en peut plus de lisser les plis de son pantalon, trépignant en même temps ce qui rend son opération vaine, et la jette dans des abîmes insolubles de tissu.
– Ce que nous venons de voir ne ressemble à rien de connu ! s'exclame-t-elle soudain.
Elle aussi s'est levée, debout aux côtés de Thom, Ivan fermant le triangle qu'ils forment depuis toutes ces années, de solitude souvent et parfois de découragement, mais ils n'ont pas renoncé et quoi qu'il arrive, cet instant est le plus savoureux ; précédant questions et protocole, ces quelques minutes leur sont réservées, dédiées : eux seuls comprennent l'enjeu de ce qui vient d'apparaître sous leurs yeux, sur cet écran qu'ils regardent depuis tant de lundis ; aussi s'embrassent-ils tour à tour dans le plus parfait désordre, se congratulant en silence comme si le fait était entendu, et bien qu'une foule de doutes est sur le point d'apparaître, Ivan débouche sur le champ la bouteille de bulles.
– Je n'en crois pas mes yeux… murmure Thom en se rasseyant, le souffle court.
– Et les oreilles, mes amis, les oreilles ! complète Bika doigts agités autour de son visage, comme pour illustrer une pluie de sons précieux.
Rodée depuis plusieurs années, la mise en images de traces mnésiques ne constitue plus un événement en soi ; la recherche suit son chemin et le rendez-vous du lundi permet surtout de faire le point sur l"étude en cours, fruit de l'ouvrage conjoint de ce trio de savants souterrains, tenu au secret et inconnu du grand public. Ce matin pourtant, dans la salle de projection, non seulement les images se sont mises à bouger, mais en plus elles ont été accompagnées de sons audibles, humains pour ne pas dire… harmonieux !
– La séquence a été bouclée une heure avant votre arrivée, je n'ai pas dormi de la nuit ! fait le projectionniste en trinquant, les yeux rougis.
D'ordinaire, Ivan dit « le colleur » consacre son dimanche après-midi au montage de la séquence élaborée ensemble durant la semaine. Il a ainsi le privilège de la découverte, et si au début chacun tenait à être présent lors de cette dernière étape, au fil des mois Ivan se retrouvait plus fréquemment seul à finaliser son travail, qui pouvait bien attendre le lundi matin… Après trois années de recherche intensive autour du même sujet, il fut décidé que pour conserver la foi, un minimum de vie privée serait rétabli ; aussi les taches ont-elles été réparties selon les compétences de chacun : Thom capte, Bika dépiaute et Ivan « réassemble » les images collectées, en suivant un procédé en évolution constante, s'efforçant d'allier « rigueur et intuition » selon la directive des instances dirigeantes mais néanmoins pourvoyeuses de fonds.
– Cette nuit, j'ai bien failli vous réveiller ! fait Ivan en reposant son verre, mais je n'étais pas encore sûr et puis, toutes ces fois où nous nous étions emballés pour rien… Quant au son, ces suites de mots jaillies d'entre les mouvements, je ne les ai entendues qu'à la toute fin, sinon vous pensez bien…
Épuisé par la nuit, éprouvé par ce qu'elle lui a déjà donné et redoutant l'effort supplémentaire à fournir, si loin de la routine qu'il en devient inquiétant, Ivan s'allonge sur deux fauteuils libres, espérant qu'on le laisse dormir un peu… Sa fierté reviendra plus tard, l'idée qu'on puisse lui attribuer la découverte de « Lalo », pour le moment ce qu'il souhaite le plus au monde, c'est se reposer un peu, en savourant la joie secrète d'avoir retenu l'attention des deux seuls êtres qui comptent à ses yeux.
– Bon… je suppose que ça ne s'arrête pas là ! Pouvons-nous enchaîner, Ivan ? 
Thom vient de battre le rappel, rejoint par Bika il s'assied et posent leurs verres sur la moquette rouge, aux ordres respectueux de leur « colleur » préféré…
– Ivan, tu nous fais languir !
La bouteille est à moitié remplie, en bons chercheurs le trio décide de poursuivre le visionnage, une séquence mnésique devant être connue « dans son entier » avant de pouvoir en discuter, selon les directives officielles… À peine avait-il commencé à faire de la pâte d'yeux, Ivan se relève et sans regarder personne, remonte vers la cabine de projection, dans laquelle il s'efface.

2 dans gravier

Les lumières de la salle de projection s'éteignent d'un coup, suivies d'un écran débordant de cheveux roses, pressés par un étau suivi de cet étau ce même étau : l'étau. Bika s'enfonce dans son fauteuil, se mordille les lèvres ; Thom nettoie les verres de ses lunettes, une première pour un lundi matin, à dix heures vingt-quatre.
« Dans sa sueur, sur la piste de cirque où Lalo parade, les primes tombent et lui redonnent son but hein ! dans le train la chanteuse ne retrouve plus sa place, elle avait laissé son sac et dans son sac, son micro c'est toute sa vie psst ! elle regarde partout, c'est le bon wagon psst ! comme quand on ne sait plus où l'on a garé son auto, psst ! fait un voyageur assis derrière madame ! je crois qu'un homme a pris votre bagage, il est parti par là… Vous rigolez ? répond la chanteuse en modulant court Lalo arrive à la jetée, où le chien suit son maître qui suit son chien, esquissant une ronde à qui touchera l'autre ; le coureur frôle ce cercle et souffle une once d'énergie, inondant les poursuivants en dérive vers le lac… Je rentre, pense le propriétaire d'un chien qu'on vient de renverser ; la femme dont le métier serait chanter entend monter son sang, bouillir le dépit remontant le couloir de la voiture ferrée, tagakadak manque-t-elle de veine ? Changeant de voiture taga ! hurlant au voyageur pour sa pénible information, gaka ! elle arrive au coffre du train : le voit ouvert et y saute, perce le fond kadak ! se retrouve sur les raulx souillée de pelures, daktaga ! papiers roses ouf, taga !
Le convoi s'éloigne… Pas question de laisser s'échapper le voleur du micro ! Elle le rattrape, immédiatement en rêve et jamais en réalité, son filou étant celui qui lui a dit qu'on avait pris son sac, pour éviter qu'on le soupçonne… Quelle con je suis ! fait la chanteuse manquée en rajustant ses cheveux courts, s'écartant de la voie où d'autres trains souhaitent peut-être passer ; se range du côté où le ballast devient talus, le dévale pendant qu'au lac trois ! Lalo n'a pas vu passer ce tour, trois ! C'est joie de se savoir à la moitié, trois ! se rapprocher déjà du bois menu, espérer que la fille aux genoux dans l'eau y soit encore, même avec un docteur ou toute profession inspirant l'étude ! Le bonnet bien vissé, son visage colle de vin rosé, il jette un œil à sa tente au loin, avale les mètres d'huile de jambe tiens ! un flocon vient d'atterrir sur sa main, degré zéro de la course hivernale, réchauffant le souffle métronomique… Au niveau de l'eau, les plaques de glace engazonnées se recouvrent de neige, fondant à flanc d'arbres plantés le long de la promenade réservée aux amoureux, menés au cœur de troncs épaissis, devenant bancs et s'y rassemblent à deux, leurs pieds touchant terre, l'ancre du baiser modèle ; quand Lalo traverse le bois il n'y a personne, les trois bancs sont blancs et au sol, ses pas ne dupliquent aucune démarche…
Tout est doux, songe-t-il devant une répétition de pattes d'oiseau. Le long du chemin, le petit bois s'éloigne… Où sont le docteur et la fille ? Ah, ça freine. Respire, loin devant une silhouette apparaît de dos… Il neige en rideau tendu vers le triangle à capuche, relevé sur une tête pleine de trucs à égrener, paquet solitaire apporté au lac le temps d'un tour ou deux ; faire le plein d'éponges en vue de collisions coton, chacun défend son bloc mou au lieu d'appeler la sensation capable de le balayer, triste et avachi le choc de dents ne mordant plus ! Ainsi devise la dame en robe noire, autour du plan d'eau où le pas de course favorise puis élimine incessamment tout rapprochement… Ah, donnez-moi l'inflexible nouveauté ! Lalo la connaît et se réjouit d'en frôler le pli, en principe elle sera encore là au prochain tour ; il aime être en bouclage du quatrième, le visage blanchi sauf sur la tempe : une goutte trempée de rose.
Lui semble-t-il avoir traîné ? L'emballement des idées a mouvementé son effort, doublant le maître et son chien il arrive à la cape lente, en apparence presque à l'arrêt mais le coureur ne s'attarde pas, plastronne le long d'une droite moins monotone, l'air entre en lui au maximum et après on a le virage vers l'enclos de l'âne, dodelinant du dos ; le temps d'un tracé se réaligner vers la fin de boucle, délaissant files d'attente où la fille de bure et le chien énervé par le dépassement surprise nous ont un instant suivis, son maître que fatiguent les pitreries des sportifs, obligé à son tour de marcher devant l'affamée à cape, dont l'odeur de pisse ralentit le chien fait une ronde confuse : diable, la gosse sent bon ! Eh, si l'homme avait autant d'odorat, on se tromperait moins pendant les phases d'approche ; envahies tant d'urine que de poisse, viscosités coulant de source, les narines du chien laissent peu de place au doute. Quant aux humeurs du corps de Lalo, plus démonstratif qu'une bête au repos, traînant derrière lui mèches de sueur et glaviots expulsés de lèvres gercées, langue sèche, ayant soif, la neige n'aidant à réhydrater qu'un millième de sa soucoupe volante ; sera-t-il capable un jour de repartir sur Kilourien ?
Avant la nuit d'ombre, quand sa planète aimée exigera des nœuds à ses oreilles gavées de rapides, le baladeur infusant un bout de piano remué ; là l'eau reflète le chiffre quatre ! en repères de neige vectorisée, quatre ! on les chante devant la porte noire à ses doigts, quatre ! blocs de graisse oui l'on peut aimer les chats sans être une enfant soupesée, érigeant maux de poids en faim de non recevoir. Il faut manger même si on n'aime pas ça, ce n'est guère par plaisir que les survivants se sont recyclés… Quatre ! Au passage du tour Lalo frôle le déballage, lui dont l'anorexie passe par l'économie du verbe mâtiné de petites foulées, attention tu t'égares et gare à l'isolement au pays des tamanoirs, comme c'est bas… tiens ! hâtons-nous de franchir le bois menu où je m'entends ! confirme le voleur de micro, ancien dévaliseur d'autoroutes revenu aux affaires par le train, s'arrêtant à la ville où l'amphi triomphe ; dégourdissant ses gambettes l'homme au visage d'une extraordinaire beauté sort le micro d'un sac en bandoulière, le met en marche relié à un amplificateur de poche et enregistre, s'étant assis sur un des bancs au sortir du petit bois : pieds frottés dans du gravier. »
– C'est magnifique… dit Bika en baissant la tête, tandis que les lumières de la salle se rallument en doux tons.
En temps normal, à l'heure de l'entracte chacun se précipite vers la sortie afin de se dégourdir les jambes, ou bien fumer un clope mais ce matin, la première demi-heure a passé en cinq minutes et lorsqu'Ivan sort de sa cabine, personne n'a quitté son siège.
– Pas mal, hein ?
– Ivan, Thom ! Nous vivons un moment d'histoire…
En disant cela, Bika fait d'abord référence au contenu de ce qu'ils viennent de voir. Non seulement les images ont continué de s'animer, et le son d'en éclairer le sens ; mais en outre, ce second extrait l'a confirmé, une forme de narration semble se faire jour… Loin le flot habituel d'images floues, désordonnées, évoquant au mieux des traînées de lumière, parfois de vagues contours ; jamais encore n'avait-on distingué le moindre visage, le moindre objet… Ils ne rêvent pas : la première empreinte mnésique a été capturée !
– On se croirait au cinéma… hasarde Thom après un long silence.
Trois ans qu'il emmagasine dans sa « mémoboîte », s'efforçant de trouver chaque semaine un lieu nouveau ; des centaines de jours à rester immobile pendant une heure, en face d'un point donné ; des dizaines de lundis matin à ne voir apparaître qu'une suite d'images, à peine colorées ressemblant au mieux à un diaporama pour daltoniens… Et pourtant, ils en étaient à chaque fois éblouis, leur quête avait un sens et ces traces fugaces le leur rappelaient, les encourageaient ; jusqu'à ce matin où désormais, l'étendue de leur découverte devenait accessible à tous, chacun pouvant saisir même grossièrement ce qui se déroule sur l'écran, à la manière d'un « film… »
– Au cinéma parlant ! complète Bika, insistant à nouveau sur l'aspect sonore, en principe hors de leur champ d'investigation.
La trentaine à peine égrenée, cette jeune chercheuse a pour mission de trier les fragments captés par Thom, lesquels ressemblent à autant de pièces d'un puzzle arrivant dans le plus grand désordre, sans que l'on ait la moindre idée de l'image à obtenir au final… Et si ces unités incohérentes sont naturellement numériques, enregistrées virtuellement dans la « mémoboîte » de Thom, les anciens préfèrent en parler comme les morceaux d'une pellicule photosensible, du temps où le cinématographe utilisait des bobines de film défilant à vingt-quatre images par seconde ; où chaque photogramme aurait été découpé avec une paire de ciseaux, puis mélangé à l'aveugle sur une table de dissection ; où il s'agit d'imaginer, pour une séquence animée d'une heure, plus de quatre-vingt mille « images » différentes… Voilà qui donne une idée de l'ampleur de la tache, et si Bika opère avec de puissants ordinateurs, chargés d'ordonner formes et couleurs en les recoupant, en détectant parfois du mouvement, c'est bien elle qui décide des orientations avant de passer la main à Ivan « le colleur », en s'efforçant de lui fournir des trames sensibles qu'il va à son tour réassembler sur une pellicule à l'ancienne, et c'est là que réside leur première découverte : au moment du transfert, du passage de ces captures virtuelles sur le rouleau de celluloïd, un matériau délibérément « archaïque », une mémoire concrète refait surface et ces suites de fonds colorés, ces formes à peine mouvantes, qui sur l'écran d'ordinateur n'avaient aucun sens, se voient transcendées et produisent soudain… de la vie.
Enfin, jusqu'à ce matin, un semblant de vie… Quelques secondes d'une silhouette non identifiable ; un lieu public, route ou maison ; là peut-être un animal, à moins que ce ne soit un nuage de poussière… Autant de bribes infimes que les trois chercheurs passaient le restant du lundi à décortiquer, en vue de préparer la prochaine capture, espérant un jour se rapprocher d'une empreinte au lieu d'une suite de traces, d'une marque durable ; une preuve palpable, sur pellicule, de l'existence d'une mémoire universelle, conservant la trace du moindre événement sur Terre… Mais du son, jamais il n'en a été question ! La mémoboîte de Thom n'est équipée d'aucun micro, dans leur esprit la mémoire universelle devait être visuelle, incapable d'adopter telle langue ou musique ! Il leur a d'ailleurs fallu surmonter leur émoi pour se rendre compte que les bruits accompagnant le « film » provenaient des hauts-parleurs situés sous l'écran, destinés à permettre les commentaires en direct, lors de projections plus académiques…
– Alors voilà, lance Ivan en descendant vers Thom et Bika, j'ai préparé un télégramel, dont je vous livre la teneur : avons isolé empreinte mnésique de plus d'une heure ! Avons preuve que la mémoire universelle existe ! Serons bientôt capables de dater tout événément passé, voire… N'allons pas trop vite en besogne ! Bon, qui prévient-on en premier ?
– Notre colleur a de l'humour… sourient les yeux de Bika.
– Comme tu y vas, Ivan ! réplique Thom moins amusé.
– Attends, tu as bien dit plus d'une heure ?
– Je l'ai dit, ma chère… Tiens, il y en a une qui écoute ! Je rappelle que tout mon dimanche y a passé…
Réprimant un bâillement d'illustration, Ivan regagne son projecteur ; Thom se cale dans son fauteuil, ses lèvres esquissant une moue d'impatience ; Bika termine son verre de bulles et avant de s'asseoir, le lève en direction de la cabine.
– À toi, Ivan !
Il est évidemment trop tôt pour communiquer la nouvelle à qui que ce soit, l'empreinte devant être considérée dans son ensemble, et si personne n'a encore osé poser les vraies questions, c'est peut-être afin de les mouliner encore un peu pour soi, bien au chaud dans son cinéma de poche… « La ciseaux » s'étant rassise, surnom raccourci de celle maniant obstinément la paire, Thom lassé soupire.
– Reprenons, voulez-vous…

3 modifié serpent

L'éclairage décroît doux, dans la cabine de projection Ivan accompagne le retour au noir d'un fredonnement, on dirait qu'il imite un ancien générique à trompettes, précédant les films d'aventure… Thom ne relève pas, Bika s'esclaffe nerveusement jusqu'au retour, sur l'écran, d'arbres enrobant un petit cours d'eau ; de pieds frottés dans du gravier, du gravier sonore dégoulinant des enceintes posées devant eux, invisibles.
« Modifié en preneur de sons clandestins, cet escroc connu comme Iwozere redevient une passoire en action de tube, roi d'Ubulure grande rivale de la banlieue espassable de Kilourien dont vient Lalo, vieille gaine ambulante dont le lit là-haut, la lie l'oh ! de pioute à bec d'où l'esthète a été expulsé, au début du siècle… Il neige moins, il écoute un chant d'instruments, passe vite devant les constructions semi-molles où se suspendent les nifants de bas âge, leurs manmans s'ennuyant sur les bancs prévus pour ça. Elles voient passer l'homme de course et son casque musical, pog ! il rajuste ses œillères en perspective lorsque jam ! lassé de bruits, Lalo arrive à la jetée canine où un autre animal sent la trace du premier ; faire des ronds, être sifflé et repartir : renoncer à poursuivre le coureur, revenu en ligne droite… Parfum de sable et goudron, la femme en cape a rejoint l'âne enclos et lui donne des carottes en conserve, la boîte fixée sur sa paume à plat, elle a retiré son gant, tout se tient et le kilouriennais avale cette image au savon les yeux figés, seules tournent ses jambes au dernier virage. Ne dit-on pas la bouclée bouclée ?
Et de cinq ! il pique un sprint inexpliqué, cinq ! sûr il va le payer, cinq ! tu peux crier Lalo loin de ta fiancée, cinq ! entre cinq ! dans le sixième et dernier tour… Tu penses aux fidélités de Fayl, qu'il vente ou rage elle est là presque tous les jours ; et quand du dernier tour se dessine le passage menu au bois clepto, c'est Wozir assoupi sur son banc, loupant le mélomane à pilons de poulet ! Reniflant trop tard ses effluves sudoripares, houf pouf ! entre les lèvres empesées de celui qui court en sourd, constatant tout dedans des faits incorrectement énoncés : la course à pied possède de telles vertus, il y a l'endorphine ou sœur de cervelle, puis la viphine qui est une sorte d'antidote possédant la même accoutumance, courir c'est houf ! et autres réjouissances ; pour Lalo, le meilleur antidouleur c'est bien se laisser remplir d'une bonne heure de butin, autour de ce gros ovale enfilé six fois de suite, où la soif est permanente et les nifants au parc mou, pareils à leurs moomaz fléchissant sur les bancs, discutant en tricotant de chats à peloter.
On se retourne, on se retrouve face à la jetée où quoi ? Tu crois ? Si… c'est bien lui, le chien des autres tours est ici, rouge tout allongé, éventré par un véhicule l'ayant précipité d'où il venait ; rejeté vers le lac alors qu'ils étaient déjà loin, lui et son maître, rapporte la foule et de Lalo la foulée hésite, comme les gens se massent il s'évade vers la ligne, espérant Fayl nourrissant l'âne à bascule car un animal chasse l'autre, c'est loi de nature même si le maître était apprécié de son chien, et sent l'inutile l'envahir au bord du plan de béton… Déçu lui aussi, l'écraseur involontaire se confond en excuses sans se plaindre pour la roue de son vélo voilée, je suis désolé Doktar c'est mon nom voilà je tiens à participer aux frais de dispersion, enfin si vous voulez ; Exmet est trop choqué pour approuver, seule sa mécanique acquiesce comme le docteur continue à pied, en poussant le deux-roues…
Rapport au manège, Lalo ça l'énerve que des bêtes gênent le passage des coureurs ; déjà que leurs crottes mais des cadavres, parfois vieux de plusieurs jours ! Tiens, le bout du bout du tunnel blanc… Mais où est Fayl ? Non, ne me dites rien je veux deviner tout seul, houf ! le sixième tour est toujours éreintant, sauf que comme c'est le dernier, de petites ailes peuvent pousser dans le dos ; ça dépend de ce que l'on voit, un rien vous achève ou vous relance et là, l'ienchi crevé ça m'a bien pouffuré, ronchonne Lalo voudrait un rétablissement : une balance équilibrée, gage du bonheur sur cette planète où la boîte de carottes houf ! est dans la plus proche poubelle ; où l'âne est seul ; où la femme dont il ne voit que la cape noire traîne sur le talus de gazon, les jambes en l'air saupoudrées de neige fraîche… Mais il ne peut s'arrêter à chaque souci, six ! sinon comment finirait-il son tour ? Six ! à l'approche du croisement, six ! vers le parking et sa tente et le début du petit bois, six ! large triangle inspirant le repos, six ! Il a vu six !
En réalité, s'arrêter de courir doucement. Relâcher ses membres, abonder vers le ciel en étirant son cou en flèche, les pas plus petits, le sol alourdi ; ralentir le souffle plié, la nuque freinée l'élan des bras, l'arrêt du balancier il a eu sa dose, interrompt sa machine à musique, détache les écouteurs et bulle de bien-être, à pieds joints savoure l'immobilité d'un lac fumé ; où canards glissent sur les plaques, se disputant les surfaces lisses pour y patiner les premiers, bataillent ferme avec oie puis pie, cette dernière ayant trouvé une paire de lunettes, aux verres brisés mais la monture en métal fort belle, dorée et aisée à prendre dans son bec, en profitant de la chute à l'eau de la femme aux genoux mouillés ; il n'a fallu qu'un instant d'oiseau pour gagner l'objet rare, le présenter à la tribu des palmés… Lalo a terminé ses tours et va bientôt manger du pain, jeter des miettes aux canards après avoir été dans la pièce carrée, située à côté du lac : tu t'imagines une fourche où l'on se rend en marchant comme fourmi, déviant le long d'une branche d'arbre se divisant.
Il passe devant sa tente, boit une bouteille, suçote un citron puis se laisse dériver, au bout de la branche le croisement se produit ; à la lisière du bois menu où Odegnou a renoncé à retrouver sa paire, vient-elle de s'asseoir sur un banc en face du banc où Wozir, impatienté de ne pas revoir le coureur coiffé de matériel musical à dérober, est distrait par cette arrivante ? Au point de louper Lalo, s'éloignant de son parcours… en marchant ? Oui, c'est ça ! S'il s'attendait à ce qu'un coureur se remette à, hein ? Odegnou a aussi tout bien vu, car elle est là pour Lalo et se désole d'avoir perdu tant de tours à cause de ses lunettes ; mais ! il va déjà à la chambre carrée ? s'étrangle-t-elle… Sait-il seulement qu'elle tient à lui, ou bien n'en a-t-il que pour Fayl de l'autre côté, près de l'enclos ? Les mains froides de tenir un micro, Wozir tremble sous son manteau, essaie de les réchauffer va faire un tour vers l'âne, c'est à quelques minutes à pied mais les usagers du lac ne tournent jamais dans ce sens-là ! Sans le savoir, en se mêlant à rebours au mouvement du coureur, cet escroc bouleverse le tampon du temps ; coureur désormais arrêté devant la porte rose, ouvrant sur une pièce carrée où conversent Doktar et Exmet, dans deux fauteuils soudés en façon de serpent. »
Derrière la porte de la salle, un brouhaha grandissant perturbe le déroulement de la séance, allant jusqu'à couvrir les sons ; en particulier les voix, si nouvelles et parfois ténues.
– Ça va pas, non ? Ivan, fais quelque chose !
Le projectionniste interrompt l'empreinte et rallume vivement les lumières, sans progression et l'éclat blanc rend chaque spectateur aveugle pendant deux secondes. Agacé par le bruit mais plus encore par l'injonction de Thom, Ivan sort de la cabine et s'en va ouvrir la porte principale, contre laquelle on commençait à tambouriner.
– Franchement Thom, tu me prends pour un portier ?
Bika trépigne sur son siège, cette interruption est frustrante alors elle sort son calepin et consigne les questions qui se sont empilées depuis le début de la séance ; consultant sa montre elle comprend la raison de l'agitation régnant dans le couloir : il est onze heures passées et le groupe suivant s'impatiente.
– Tout de même ! Et cette manie de fermer à clé…
– Avec nos excuses… bredouille Ivan, mais ce matin nous avons besoin d'un petit quart d'heure de rab…
Ivan avait certes constaté le dépassement de l'horaire dans sa cabine, en espérant tenir le plus longtemps possible, mais les créneaux de projection sont précieux et il se doutait que le prochain groupe leur tiendrait la dragée haute ; en l'occurrence les « apnéistes », dix membres dont le flegme est la règle aussi longtemps qu'on ne touche pas à ce qui fait leur raison d'être, comme tout chercheur qui se respecte.
– Un quart d'heure ? s'étonne le responsable en reprenant son souffle, vous les mémoristes, vous vous croyez vraiment tout permis !
Et l'ancien contentieux de refaire surface entre les deux groupes, formés quasiment en même temps voilà trois ans, se disputant régulièrement le matériel et les infrastructures de l'institut, prônant chacun la supériorité de son domaine… Exaspérée, Bika vient de casser la mine de son crayon, mais elle a pu remplir plusieurs pages de son carnet. Elle en profite pour aller pisser, en se frayant un passage parmi les apnéistes, raides comme des piquets à l'entrée de la salle. Heureusement, Ivan a eu tout le temps d'anticiper cette situation.
– Détendez-vous… Il nous faut ce quart d'heure aujourd'hui, et vous savez que je pourrais l'obtenir officiellement sur le champ ; mais vous ne voulez pas être ceux qui ont retardé une découverte majeure chez les mémoristes, n'est-ce pas ?
– Ça alors ! Écoutez, y en a marre ! Vous n'êtes pas tout seul ici !
– Attention, vous devenez tout rouge… Non, voici ce que nous proposons : allez tous boire une tisane à la cantine, c'est nous qui vous invitons ; et ensuite, en attendant que l'on vienne vous chercher, faites un petit concours d'apnée entre vous… Un repas astronomique sera offert à celui qui tiendra le plus longtemps !
– Ou bien… celle ? N'est-ce pas…
– Oui, évidemment ! Répond Ivan en souriant à la dernière recrue des apnéistes, une jolie rousse aux yeux pétales, et qu'il n'avait jamais vue de près.
Émoustillés par cette compétition inattendue, les apnéistes se ruent vers la cafétéria, où ils commandent sept tisanes et trois bouillons. Thom félicite Ivan d'avoir promptement réglé le problème, rejoints par Bika ils ferment à clé et s'asseoient sur une même rangée de sièges.
– Mes amis, je ne sais par où commencer ! Thom, où a été prise cette empreinte ? Déjà que tu ne nous en avais rien dit de toute la semaine ! Et « Lalo », l'as-tu imaginé en réalisant la capture, de sorte qu'il se retrouve nommé sur un aussi grand nombre d'images ? Abats tes cartes, Thom, le suspens a assez duré !
– Excuse-moi Bika, lance tranquillement Ivan, mais il va être onze heures et quart et nous devons encore visionner la dernière partie de l'empreinte, qui n'est pas la plus courte d'après ce que j'ai vu sur la bobine…
– Tu as raison, souligne Thom, ne perdons pas de temps !
Surprise par l'union soudaine des deux mâles, Bika s'autorise un grognement exagérément grave.
– Ma chère, loin de moi l'idée de jouer les rabat-joie ; mais le répit que j'ai obtenu des apnéistes n'est pas extensible, et il serait maladroit de les éconduire une seconde fois, surtout après les avoir mesurés les uns aux autres…
– Soit, nous n'avions de toute façon jamais commenté une empreinte avant de l'avoir vue en entier… Heureusement que j'ai eu le temps de noter mes questions !
À ces mots, Thom se renfonce dans son fauteuil, comme soulagé ; Bika « la ciseaux » range son calepin et le crayon dont elle a brisé la pointe ; et Ivan remonte en cabine, où il surprend tout le monde en opérant un retour au noir brutal.

4 les mieux

« Les hommes pleurent entre les phrases, tirent chacun à son tour sur un cigare : je suis désolé pour votre chien, l'ami, ça m'a fait mal pour lui ; ça ne fait, rien répond l'autre ; il m'a montré son derrière et j'ai eu peur, ma roue a dérapé vous connaissez la suite… Avez-vous bien ruminé vos branches de rhubarbe ? demande Doktar et là, Lalo ouvre la porte, une frappe mentale à l'eau, décroche l'opératrice dans la lune allô ! Tomates chicoupées en dés apprêtés pour la soupe de pâtes, messieurs j'aimerais prendre ma douche, Exmet se tourmente et démontre le manque de précision du vélo de Doktar : vos freins sont-ils vieux ? Ne m'en parlez pas, usés comme certains patients dans mon cabinet, piétinant sur place impatients que fonde le lingot de leur fidélité ; et mes patins je regrette d'avoir manqué de temps pour les changer, ou dribbler avec eux le long du pneu un jour où j'aurais connu l'ennui… Savez-vous que je ne m'amuse jamais, et avec le vélo non plus ? J'ai de l'or en barre mais l'heure tourne, et je m'en vais sans rien cogner de doux, Exmet ! J'en ai marre !
Tu vois cet homme exercé à courir : si on le laissait se laver ? Ayant perdu l'attente, Lalo devance d'un iota le choix de Doktar, si secret que lui seul était au courant, voulait qu'on le démolisse ainsi qu'une masure, dynamiter son petit chez lui ou jardin vert à faire expelouser son optimisme de l'intérieur… C'est l'impelousion ! rectifie Exmet vengémissant derrière le coureur au repos, dont il laisse le corps recevoir des gouttes de douche : chaque goutte a été dessinée en forme de pommeau de douche débouchant des bouteilles de shampooing brut, viendras-tu naviguer ? et il sèche ses cheveux si secs, Lalo sexy parade pose sa serviette et remontant l'étangible, s'assied à une table menue, veloutée en face des fumeurs de cigare. Il actionne une sonnette avec le poignet, comme au comptoir d'un hôtel luxé, là Odegnou arrive avec l'assiette creuse qu'elle pose en disant c'est chaud ! et lui, il prend la cuiller, commence à faire tourner le liquide où baignent quantités d'alphabets…
La fille se rapproche, elle est gentille mais attends ! j'ai oublié le pain, je reviens ! Lalo croit qu'il recourt, boit une limonade ça dissipe le doute, retourne à sa soupe de lettres et joue à composer des mots… Au début c'est long, le temps de faire des réserves d'a d'e d'i au bord de l'assiette, après des petits tas de consonnes et c'est parti pour la phrase : je suis sur une planète où tout est rond, il a même fait l'accent avec la jambe amidonnée d'une majuscule. Odegnou apporte le pain alors Lalo dîne carrément bien, invite cette fille à mieux le connaître et ils quittent la pièce enfumée, Doktar et Exmet font auvouoir auvouoir, dans l'herbe autour du lac Odegnou et Lalo voient de quelle façon nouer, alors à ce soir ! grattent chacun le dos de l'autre et d'une révérence illimitent ceux qui savent danser, jusqu'où beaux resteraient et si la fille songe prends ce soir mon slip espacé, Lalo, en bon fou venu d'ufo, lui répond d'aller d'abord se faire époiler, car sur Kilourien les gens sont nuzéglabres, et dans les cafétérias se lèchent, lustrant leurs coques de souplesse.
Sinon c'est simple : l'après-midi après avoir couru, Lalo se repose. Comme la soupe ne suffit pas, il avale un sandwich au foie gras, en disperse une partie au bord de l'eau et les canards accourent, se régalent en calèche miroitée… Le passeur est en retard, qu'un poseur franc soit bon c'est évident, quand on a pied dans l'univers du tout poli ; nous on situe le campement près du parking, où Odegnou gare sa voiture dans laquelle elle termine de se raser, en écoutant des cassettes à bande magnétique… Lalo s'allonge sous la tente où il rêve parfois qu'il court autour du lac où Wozir, ce brigand d'autoroute, arrive à l'enclos de l'âne et avec son micro, enregistre des broutements retransmis par voie nufilaire, dans le véhicule de la femme au public si lisse que sa toison dort. Il voudrait ranger son engin mais ne sait pas comment l'arrêter, continue de figer sur bande tous les bruits qui passent et Fayl se relève enfin, sort du pré blublublu fit lippe dit folle copine à l'air libre, boutonnant sa toge noire victime de jalousie, en voyant Lalo s'engager autrement pour la nuit… Elle vient de se faire monter par le petit de l'âne, non ! c'est une ânesse, ânonne-t-elle surprise par le manque de vigueur de l'étreinte ou imposture à emporter sur le dos ; tu vas vers une ellipse en pente car le chef s'est endormi et Kib, la chanteuse sèche, ayant fini de rattraper le train perlé se situe près d'un plan d'eau qu'elle connaît bien, pour y avoir déjà brodé, en se tenant à carreau, des nappes…
Bruits de nuit venue : la lumière municipale éclaire le lac, vidé de ses visiteurs c'est le noir sans transition et Lalo s'endort, fait en rêve le tour du lac… Même si c'était bien, Fayl n'a pas eu ce qu'elle méritait ; un nœud se noue et la neige tombe plus longtemps qu'un tour d'éveil, aux joies de l'eau circulant dans les poumons d'un cran d'arrêt. À l'aire de jeux, Kib fait un tour de balançoire. Elle voit passer Doktar et Exmet, marchant d'un pas pressé, échangeant coups de poing, de pied de nez ils sortent du champ : ça saigne entre plaie et regret ; le vélo du médecin resté du côté de la jetée… Au parking, Odegnou ferme la portière, descend vers la tente et rejoint Lalo endormi sur une vitre ; à la balançoire chante Kib et Wozir vole la puche de Fayl, sous un lampadaire relié aux surveillants du dortoir construit sous l'eau, où veille le dauphin du pool aquatique : à toi, Chomba ! Nommé hier, errant toujours en plongeur autonome, grâce aux bouteilles d'oxygène chargées le jour, déchargées à la nage rechargées de nuit, à dérouler sa petite foulée le long des roches.
Lalo, je crois qu'on va… oui, c'est confirmé ! Odgenou tu m'arroses et je reste flou, à tes yeux élunettés sous la lampogaze dépêche-toi car je ne peux pas trop la laisser brûler ; je ne dispose plus de ce genre de sous facilement gagnés, depuis que les gens qui m'employaient m'ont quitté, j'ai dû quitter ceux que j'aimais, enfin tout le monde est mort, comme tu le sais alors aide-moi chérie, mets-moi les là, tes doigts glacés shloup ! Ces jours-ci je prends ce qui me tombe dans le bec, mes provisions s'épuisent, demain je cherche un boulot, dit Lalo entre les cuisses d'Odegnou en peau de toutou, espérant que s'arrête l'infernale tournée : retrouve-moi au bois menu, au début elle trouvait ça drôle, mais vu qu'il ne s'y arrête jamais et qu'ensuite elle doit l'attendre à la pièce carrée, où l'on se plie sans fin à ses désirs, c'est marre du lagon ! Hé, mon cochou ! Si tout redevenait comme avant ? Parce que camper en plein hiver, c'est fumant comme plan, songe celle que Lalo aime…
Après les ébats c'est réglisse ou café tiède, suivant le plaisir qu'elle lui donne continûment une nuit sur deux ; il est clair à ce sujet : ne me cherche jamais la seconde nuit, notre bonheur en dépend ! Danse plutôt chez toi au chaud, et la groupie d'adorer cette alternance qui les sauve de l'ennui des tatanes, redorant leur liaison juste à temps, leur vie double doublant l'enjeu d'un quotidien à moitié connu, que vient sans micro de chanter Kib s'éloignant des jeux de nifnoufs vers la jetée, vers le chien encore là, mort plat gelé vers le vélo renversé de Doktar, qu'elle enfourche et en fait un peu, ça la réchauffe jusque vers l'âne à dormir debout… Le son du pneu sur la neige, velours capté par son propre micro entre les pieds de Wozir, ne se doutant pas qu'il est à l'image des autres prisonnier du lac…
L'herbe poussée sur les plaques de froid est toute la nuit broutée par Chomba, le plongeur en forme de grenouille ; Lalo les mains sur la joue posée d'Odegnou, tout comme Fayl le second soir en une prison qu'aucun homme ne souhaite, de peur d'avoir à quitter ses méfaits, son lac coupable or Kib arrive, voit son micro luire sous la lampe et l'arrache des bras de son voleur : rendez-moi mon aide à l'organe du chant ! fait-elle tout en cordes et lui, beau joueur de tambour enclin à la tendresse du chenapan, la laisse filer au moment où Fayl revient du coin où l'âne mâle était ici, épanoui contre sa femelle, d'un coup de sabot cogne Wozir et récupère la capuche à gamberger ; lui s'étale en plein chemin, elle trottine jusqu'au bois menu, il y fait un peu moins froid, passe devant la tente… Tiens, Chomba sort de l'eau ! Wozir l'attire et il va sans doute l'emporter avec lui, toucher le fond comme chaque nuit, eux deux ne connaissent pas le répit et Wozir se laisse tirer sans résister, inspire un grand coup et rejoint tout habillé l'habitant le plus palmé du lac ; son expérience de l'éternité lui permettant d'éviter toute erreur néfaste à sa proche libération, si toutefois le matin ne traîne pas trop en tente actuelle, où ça shloupe à qui mieux mieux. »
– Quel charabia… hasarde Thom à voix basse.
– Oui, mais… fascinant ! complète Bika après un temps, constatant qu'ils sont arrivés au bout de la projection, même si la lumière ne se rallume pas.
– Oh, Ivan !
– Euh, désolé ! J'étais en train de payer ma nuit blanche…
Le « colleur » rallume les spots, nacrant la salle où vient d'être projeté le quatrième fragment de « l'empreinte mnésique. » Sensiblement plus long que les autres, il a encore augmenté leur retard ; aussi conviennent-ils de gagner aussitôt la cafétéria, où ils croisent le groupe des apnéistes.
– La salle est libre, on s'excuse à nouveau…
Les dix reteneurs de souffle se lèvent en même temps, coiffés de bonnets de bain se frottant les uns aux autres dans un bruit de caoutchouc ; ils ne passent pas l'éponge, laissent sur la table les seaux, l'eau et le chrono, puis se ruent sans un mot vers la salle de projection.
– Qui a gagné ? lance Ivan en fixant la jeune rousse.
– Match nul… rétorque le doyen du souffle, avec une mention spéciale à Pétula, qui s'en est très bien tirée !
– Bon, mais alors… je garde mon dîner ou quoi ?
Interloqué par la question d'Ivan, le chef de l'apnée répond qu'en tenant compte de la différence des sexes, à durée égale c'est techniquement Pétula qui l'emporte, l'écart étant significatif si l'on observe les records de la discipline, et d'ailleurs nous précon…
– Parfait, on vous laisse organiser ça plus tard ! interrompt Bika, estimant qu'il y a sans doute un sujet plus urgent.
Désormais seuls à la cafétéria, ils prennent place et Ivan distribue deux cafés serrés, Thom étant abstinent depuis un an.
– Sans sucre, merci… Bien, je crois que chacun soupçonne l'importance de ce que nous venons de voir ; ce matin nous sommes passés de la trace, du flou et du muet… au fossile, au stable et au parlant ! L'empreinte, messieurs, enfin !
– L'empreinte est supérieure à la trace… complète Thom.
– L'empreinte se raconte ! lance Ivan en fumant la pipe.
– Nous sommes bien d'accord… Thom, où tu as réalisé cette magnifique capture ? demande Bika.
– Sur une parcelle de la zone Haürbanizay, à la veille d'un des plus grands chantier de la décennie…
Terminant sa phrase à reculons, Thom lève les yeux au ciel de la cantine, inhalant les effluves de tabac et de café chaud. Bika poursuit :
– Ta prédilection pour les terrains vagues a fini par porter ses fruits !
– Une fameuse intuition… complète Ivan en terminant son café, constatant à sa montre qu'il est midi bien tapés.
– Oui, et j'admets que cela m'a parfois laissée sceptique, ces virées en landes non construites…
Encerclant soudain leur table, des groupes de chercheurs variés affluent vers la cafétéria, leurs plateaux garnis de repas bancals.
– On bouffe ici ? Nan, je déconne…
Grâce au café, Ivan a retrouvé son sens de l'humour. Bika se lève en souriant, Thom soupire sans relever ; tous trois empruntent autant de couloirs que nécessaire à leur sortie de l'institut.

(pioche)

Lalo s'est endormi entre les seins d'Odegnou menue sur le matelas aérablement gonflé que le noir ne s'en aille pas elle voudrait comme une enfant rester tout le temps comme ça un peu plate sous ce type dont elle comprend la prison et fière oui de l'aimer grâce à elle lui se sentirait presque doux rêveur car hélas au lac salé même la nuit le coureur n'arrive pas à se défouler en rêve n'aligne que foulées caoutchoutées sur les chemins circulaires le périphérique lagunaire de sud en est et d'ouest en nord les dents suent test western endort j'explique au nom du souci constant de préserver la limpidité rien ne doit rester dans l'ombre d'un western test tentant de transposer l'époque des diligences à celle de la danse guili-guili que Lalo aime exécuter au micro matin lorsqu'il émerge d'une nuit épuisante où au lieu d'avoir songé doucement à résoudre tous ses ennuis satisfait tous ses désirs comme retrouver un boulot changer de vie revenir avant la mort de tout ce qu'il avait aimait était votre horreur permettez-moi de reformuler ça donne tout ce que Lalo avait aimé être tu peux même hasarder qu'on se rapproche de l'idée qu'il aimait avoir été pourtant non ça ne tourne pas comme ça dans sa tête il court et chaque déviation est un possible échec la seule sorte de portique autorisé c'est après avoir tiré six coups de pieds podolo bodogo pris dans le tourbillon du lac modono zowo la chambre carrée incarne koyoxo son seul espoir de quoi il ne sait pas est-ce vrai où y va-t-il quand il court en rêve mais pas en vérité le jour s'est levé impossible de le nier sur son banc Fayl a froid d'avoir dormi sans eau rayée sa boisson aux extraits de veines l'essentiel étant d'avoir résisté car ce soir c'est elle qu'ira shlouper avec Lalo sous la tente bien au chaud et l'Odegnou pourra se mettre six doigts dans une chemise en bois avec plein de sève collant à la paume jusqu'à lent demain d'une obsession d'avoir à nouveau l'attente de Lalo ce campeur de mes deux femmes ah les amours de Chomba et Wozir sont plus simples une fois à l'abri des bulles ces cocos dans le fond du lac s'en donnent à fendre bûche y a comme un protocole le voleur doit donner au monstre marin ce qu'il a pécho de beau et dire qu'il avait attrapé un micro repiqué in extremousse par Kib la chanteuse d'ailleurs Chomba n'y croit pas on ne chante pas au bord d'un lac tu me prends pour quoi et paf il lui fait pof de ne pas le dire rend tout plus joli enfin à la fin l'homme à plonger lui donne partout et le prie de se barrer allonge-toi fais la planche tu vas remonter tout seul Wozir s'éclipse vers la première autoroute et contemple des automobilistes avant de les massacrer à coups de blagues au caramel personne n'a oublié Kib c'est elle qui s'est effondrée dans la paille des ânes à l'écurie pas à cheval sur l'hygiène mais se les geler menue ça non la chanteuse avait besoin d'une bonne nuit de sommeil avant de reprendre son train vers l'audition de sa vie on le sait pleine de tact talentueux les lumières autour du plan liquide viennent de s'éteindre Lalo comme le plomb de la boule du métronome aérien se dresse en ressort et de la tente sort laissant Odegnou éperdument amourheureuse jusqu'au soir enfin celui d'après à condition que Fayl ait survécu l'hiver Odegnou caresse toujours cet espoir infâme mais entre femmes qu'est ce qui ne l'est pas pense la lobotomie de l'homme au chien qui dès le matin se nomme Exmet sorte de prémonition qu'il a eu toute sa vie un jour mon iench va crever c'est le matin il est huit heures bienvenue sur l'antenne du lac parabole du miroir aujourd'hui la météo s'annonce caniculaire eh oui nul n'a dit qu'on devait être en hiver deux jours de suite bon je vois qu'on est deux à suivre à cet égard il existe une apparition justifiant le saut de six mois et autant de pis de mère de veaux vêlant on y mêle un peu de bouillie et tan dan voilu Lamich protectrice des bluffeurs à l'heure où un beau buffet se retire du champ de la brocante maladroite ho comment faire fi de l'international avec les monnaies et la technique des chaussures de joggalo quand le matin Doktar se lève il va bientôt s'exercer à la médecine guérir ou faire mourir les gens selon leur humour ou sens de la mort au cabinet il va toujours à vélo car ensuite il peut passer par le lac et manger des amuse-bouche au foie de canard parfois c'est des moules oh vivre de surprises il a la frite ce matin en enfilant son bermudas de ville attention Lamich on est à la première charnière et je ne dois oublier personne tu penses que ça va alors on enchaîne avec un moment d'une rare beauté les quatre heures du matin séparant Lalo de son retour à la course et sans doute celles qu'il préfère une fois virée sa petite prude et servi sa boule de café qu'il prend sous cette forme flottant dans les airs d'une tente puant le renfermé et la pisse au ralenti des gouttelettes en suspension autour du petit déjeuner Odgenou a dégagé de ce moment privé va renifler vers le bois menu mais quatre heure avant d'y être c'est dément le temps qu'on a quand on aime Lalo a mal aux titis c'est sa maladie à lui des bouts de son corps sont froids sans raison seul son cœur bat encore le con d'organe qu'est-ce qu'il peut le faire chier celui-là assis au bord du lac on contemple le soleil déjà levé un bol de thé deux biscottes on aère la tente secoue les draps retaper l'oreiller que Chomba serre contre lui dans les profondeurs au matin nager jusqu'à la gare où Wozir arrive lassé de parkings s'intéresse à la voie de fer attendant le même convoi que Kib enchantée d'être en avance espérant cette fois arriver à bon port la ville la seule sur le quai elle salue le bel individu aujourd'hui tout ira bien se convainc Lalo au pied de marées basses à midi je serai nuancé sans obligation de courir ni revivre le même parcours il n'y aura pas de chien renversé après son travail Fayl passera me prendre on irait voir un film des vitrines ou manger une glace sur une place elle me raconterait sa matinée on rentrerait à la maison où sans capuche j'honorerais son corps plantureux eh gentil le chat que m'apportes-tu as-tu encore été chassé et de chasser n'a pu t'empêcher laisse filer cet oiseau allons donne crache cette paire de lunettes elle aurait pu t'étouffer file et laisse ma surface tranquille Lalo retourne sous la tente et emporte sa bassine de vaisselle vers l'évier commun aux campeurs l'été il y en a pléthore ce sont les grands congés et tout a fait peau neuve ratissés les chemins repeints les bancs les canards regonflés jusqu'au club de planche à voile où Doktar viendra s'exercer demain samedi la mort d'un chien ça crée des liens Exmet lui a transmis sa passion on a une dizaine de tentes autour du coureur Odegnou a rejoint ses parents ce midi ils vont visiter d'anciens avions paraît-il cloués au sol une sensation d'immobilité puisée dans un chapeau de trappes inventées par Lalo en vue de distraire le touriste venu investir son lac en ami lui a investi dans ce miroir et le rembourse depuis des mois un marché équitable avec les hautes instances il surveille le bassin à l'année l'aménage à son gré en échange elles en garantissent le remplissage l'entretien courant et à terme cela deviendra son domaine il pourra alors en refuser l'accès à quiconque mais nul n'y aurait intérêt c'est juste une clause de camaraderie qu'on savoure d'avoir réussi à lire au-dessus des sanitaires où pour la forme cette phrase a été peinte en rouge ce lac ne vous appartient pas mais à moi Lalo en cas d'absence adressez-vous à Chomba mon acolyte subaquatique sinon courir déjà non ça ne passe pas si vite et il en aurait horreur à la gare c'est le départ officiel du train éloignant Kib et Wozir pour la journée elle a dit ses ambitions oh je pleure de me deviner si laide en cette impasse chante-t-elle et lui de s'émouvoir comme ils prennent place sur le même siège dans le sens de la marche au camp l'homme étant cause de tout range ses affaires à manger revient s'asseoir sur un rocher surplombant son terrain porte-t-il un short et des socquettes oui une casquette et un maillot noir puis il ferme ses yeux et eux nient s'être jamais enfuis bon sang Fayl je t'en prie crois-les s'ils ne savent pas lui non plus derrière son dos un coureur de profession file en se décomposant à la perfection à couper le souffle à tomber par terre dis Fayl tu veux bien me redonner une chance à tout casser dans ma tête j'ai fait des réparations sur kilourien tout sera comme avant il faut juste retrouver le plan de vol je me lève et marche vers un parking où les personnes Fayl et Kib Wozir Exmet et Doktar as-tu vu Chomba en Lamich bazardant toute retenue si ces gens sont maintenant tous garés là au lieu d'être ou bien en train ou alors en consultation et pourquoi pas sous l'eau c'est que Lalo les a tous posés là le temps d'un jour n'est-ce pas Odegnou rassure-moi ah toi aussi alors si ça moi quoi oui tu n'échappes à la règle c'est seul qu'il a passé la nuit dans sa tente et le chien le vélo la balançoire autour d'un lac à vendre où chacun cherche sa place ces gens existent sans lui autant qu'avant et dedans comme dehors aussi va-t-il les laisser peinards retirer la béquille il s'arrête sur le parking où son dos s'allonge et des rayons le tannent où veux-tu aller maintenant es-tu prêt à repartir sur de bonnes bases car comment croire ce que je pense au monde sans mentir vas-tu attendre Fayl ce soir au lieu de rêver à ta planète je fais mon bagage que cessent les tours je retourne au pied du lac fermer la porte cessez saluer la concierge et padadou on ne m'y reverra jamais stoppez l'été ma maison n'est pas loin en descendant vers le camp Lalo se dirige droit vers la tente arrêtez afin de prendre son sac et ses cafetière théière disparaissez confiture il va quitter cet endroit immonde n'ira plus s'y promener remonte vers le parking sa voiture est là le capot encore tiède il s'est garé voilà moins de dix minutes quelle idée de revenir ici évanouissez arrivé au point où le chemin de terre se termine il croise un chien courant derrière un vélo les deux dévalent la pente et Lalo ne peut plus avancer restez pétrifiez tournez la tête malgré vous je vois le chien rattraper l'histoire imposer son tempo de bave ses crocs mordent le pneu prenant le dessus renversent Doktar continue refuse le déséquilibre Lalo pose son sac à dos s'éloigne de son auto reprend la direction de l'ovale indiquant midi c'est l'arrivée du docteur à sa pause déjeuner et Lalo d'engager la première foulée se situant au kilomètre zéro la marque du chiffre douze sur le cadran de son heure ses jambes ne lui obéissent plus takada c'est la reprise l'objectif du premier tour à l'approche du bois menu où les bancs sont encore vides au loin Exmet cherche son compagnon tu n'as pas vu mon chien Lalo lui demande-t-il et le chef du lac opine bien sûr il pourchasse déjà Doktar tu es en retard ce matin Lalo s'enroule dans une couverture en tête à tête avec la femme qu'il veut croiser si c'était Fayl si la dernière fois il avait posé son nez entre ses seins de velours si Kib et Wozir sont dans un train sur le point de se raconter une blessure mais qu'ensuite il lui volera quand même un micro au lieu d'aller faire d'elle une chanteuse à la ville si tout ça est vrai rien ne nous interdit de présenter Lola une fille qui vient de rejoindre Lalo et se met à courir à côté de lui exactement à la même allure afin de pouvoir échanger de tout du bisou au regard aux genoux qui se frôlent et là on ne l'a pas fait exprès il faut nous croire cette joggeuse s'appelle Lola et vient d'un pays où les lacs sont des pipis de montagne alors camembert les sceptiques on est reparti pour une batterie de tours autour du lac où rassuré Lalo s'applique à bien respirer éviter le point de côté ah ne perce hein demande-t-il humblement à son abdomen afin que la douleur ne le déchire pas il décide même d'ignorer Lola pour le moment tant que je n'ai pas trouvé mon rythme après on verra ça ne fait rien mon salaud dit-elle en tant que son ombre parlante soif soleil chacun sait qu'il est plus difficile de courir en été l'eau manque et Lalo se rapproche du bois menu où un inconnu vient de s'asseoir on ne voit pas bien attends si c'est Exmet sur le premier banc l'air absorbé lisant un livre comment se passer de son chien la méthode est assimilable en une heure Fayl arrive à sa hauteur elle a traîné en route voulait voir si par hasard la pièce carrée n'était pas restée ouverte elle sait pourtant que c'est impossible pendant la course en colère elle désirait très fort occuper ce banc le meilleur pour guetter le coureur de sa vie il fait si chaud elle trépigne tire de son sac un paquet de tabac se roule une cigarette debout et la pose derrière son oreille s'arrête devant le lecteur se penche vers lui et souffle de l'air frais ce qu'il semble apprécier mais bientôt de la salive sort par la bouche et s'agglutine dans les cheveux d'Exmet vous m'embarrassez madame il tente de se lever mais Fayl le repousse son dos heurte celui du banc tandis qu'elle s'assied autour de l'inconnu l'enchâsse entre ses cuisses de femme dure sort un briquet du sac et droit dans les yeux chauffe à la flamme ses sourcils grisonnants Exmet gémit à ce moment Lalo passe derrière Fayl mais n'entend que la musique d'un orgue électronique la scène l'intrigue mais pas question de s'arrêter au premier tour ni d'ailleurs à aucun autre tour Exmet ferme les paupières que Fayl chatouille ça sent la peau d'un poulet au sortir du bois Lola se retourne en tant qu'ombre du héros elle prend quelques libertés et le soleil a ordre de ne pas en rendre compte un accord astral conclu sur kilourien au début de la mission avec Lalo le couple de joggeurs arrive à l'aire de jeux vide il y a juste Lamich qui comme à son habitude fait de la balançoire lorsqu'il n'y a pas d'enfant ils la saluent elle opine et augmente son élan à la une à la deux son saut est majestueux elle tombe tout près du bord sans effrayer les canards ni réveiller Chomba son plongeur de mari au petit bois Fayl fait des phrases et Exmet pétrifié les entend ses yeux blanchis derrière la croustillance je suis en manque à cause d'un coureur de lac et vous m'avez pris mon banc notre banc ce banc où normalement il devait me chercher tout à l'heure c'est insupportable aussi est-ce vous que je vais épingler au prochain tour ça va rendre mon Lalo fou jaloux et moi j'aurais moins le feu au cul pardon pour le briquet c'était pour obtenir votre attention et m'assurer que vous ne foutriez pas le camp mais ne vous inquiétez pas vous y reverrez clair après la séance elle défait le pantalon du gars retire tous les slips et par le biais d'un baiser mêlé de la bave du récent chien d'Exmet croisé précédemment en train de courir derrière un vélo Fayl obtient l'excitation requise et bigrement l'enfourche dans un râle jusqu'au point de frottement le monsieur tient des propos bouchés son horizon est cramé à l'angle de la jetée Lalo négocie le virage en passant juste à côté de la roue de Doktar vient d'éviter un chien marrant sur le banc Fayl s'en va s'en vient et des promeneurs font mine de comprendre mais rien de méchant on voit qu'elle connaît son affaire six mois qu'elle attendait et encore la dernière fois c'était avec l'âne de l'enclos devant lequel Lola arrive la première le soleil est taquin Lalo la rejoint à présent il a trouvé son rythme et peut lui parler sans s'essouffler as-tu vu Fayl je me demande ce que fichait mon amour à califourchon sur un promeneur de chien mais l'ombre ne comprend pas les histoires de cœur et lui dit d'aller siffler Lalo sur la colline ça lui rappelle le temps où il était grutier on est en bouclage du premier tour la belle ligne droite la soif se pointe on l'ignore assise sur Exmet Fayl défait son corps laisse tomber ses seins contre la tête en bois de l'abusé qui ne dit mot ça ne te déplaît pas charlot tu vois c'est aussi pour ça que je t'ai un peu grillé la face sinon t'imagines le pied total faut pas rêver quand même mais ta gueule je vois Lalo se pointer au loin prépare toi à couiner mec tu me feras plaisir et de un dit tout haut le coureur émérite sa foulée précise ointe d'huile solaire un coup d'œil à sa tente avant d'arriver au bois au banc où sa femme Fayl fait du cheval depuis douze minutes et mutine donne un coup d'accélérateur au moment où ses yeux croisent ceux de Lalo et y balance une formule d'extase où le doute n'a pas de place Fayl une vraie bête quand c'est fini quand elle a joui se retire et ça fait shloup tu as vu ça murmure Lalo discret à son ombre mais elle demeure muette ne partage pas la situation ni ne semble entendre ce shloup qui signifie tant lors des unions sur kilourien est-il jaloux oui même s'il l'a tuée l'an dernier il aime encore sa femme mais tout de même a-t-elle vraiment décidé de transposer le modèle en vigueur sur leur planète natale elle vient en effet de satisfaire à son besoin de parité jusque dans les crimes d'ordinaire réservés à la gente masculine là encore il interroge son ombre mais en tant que forme au sol Lola n'est pas clairement originaire de kilourien et fait sienne n'importe quelle planète pourvu qu'il y ait de l'éclairage il n'a pas rêvé Fayl vient de lui sourire en prenant à son oreille la cigarette préparée auparavant et offre à Exmet de la partager ce qu'il refuse ayant récemment arrêté dans ce cas tu peux filer il n'hésite pas décampe en aveugle et se heurte à quelques arbres avant d'oser ouvrir les yeux ouf ça remarche ouf comme avant sauf plouf le petit pont de bois où l'on tombe aisément et quand on s'appelle Odegnou les lunettes se brisent elle est toujours en visite d'un avion vissé à terre avec ses parents de longue date Fayl fume Lalo court rejoint les jeux où des nifants se balancent à un pneu au bout d'une corde Lamich leur donne de l'élan et quand zéro maman regarde elle en remet un grand coup et tel môme tombe à l'eau Chomba le repêche et l'emporte faire un tour au fond au moment de contourner la jetée Lalo pleure il n'a plus confiance qui aimer s'identifier à quoi sur le chemin de l'excitant alors il court plus vite et son existence tombe entre ses jambes une coulée de larmes en forme de Lola c'est la fonte des repères peur il a vu sa femme au bois peur il court pour avoir moins peur s'évader tout court dans ses oreillettes blanches il écoute un trio d'organistes se recueillant à l'entrée d'une dalle de marbre arrosée au cimetière les tombes des enfants sont tellement tristes à l'entrée de la ligne droite un chien dort comme mort et Lalo lui flanque un coup de pied il tombe à l'eau Chomba s'énerve car les animaux ne sont pas rentables n'ont aucune culture pas d'intérêt à une visite des fonds sous-marins au contraire des enfants que sa tendre lui envoie plusieurs fois par jour et après il les rend aux parents en échange d'un billets de dix alors vite ranger le chien dans un coffre à peluches et reprendre son propos d'éducation fondelacmentale auprès de l'enfant propulsé d'un pneu auquel il permet de respirer grâce à un sac rempli de tellement d'air que l'on dit oui à la mutation des protagonistes Fayl s'invite elle aussi au centre du lac en offrant de partager une place de pédalo avec Doktar l'habitué des roues produisant un couple piquant car Exmet dans sa déroute d'homme violé se met en quête d'un médecin discret et celui qu'il connaît est aussi le seul habilité à pénétrer l'enceinte du lac privé de Lalo tout ça promet de rebondir pas mal mais le coureur a toujours peur et s'il accélère à mesure que les orgues dégoulinent c'est son cœur qui émet des réserves devant ce changement d'allure à moins d'un tiers du parcours même son ombre de larmes a du mal à suivre Lola fais-moi confiance je nous emmène à bon port pom pidom il se souvient de son ancien métier de grutier ce lac avait été son premier chantier par son ouvrage il avait contribué à le creuser de telle sorte qu'on ajoutait l'eau tout à la fin devant une sélection des futurs occupants Chomba était de ceux-là et voulait ici une galerie pour se reposer et l'électricité pour regarder aquatévé on avait aussi Kib et Wozir sur la liste des prétendants il fallait d'ailleurs passer une audition et même si Lalo n'avait pas encore le pouvoir de vie et de mort sur le lac son attention discrète avait permis d'écarter quelques candidats indésirables tout en permettant d'appuyer des figures aussi improbables qu'Odegnou une gamine dont l'âge ne peut être dit comme celui d'aucun des gens d'ailleurs et ni non plus qui vient de kilourien et qui pas c'est une question de représentation vagale comme un coureur se doit de sautiller entre les cailloux on sait bien qu'entre les lignes le linge est mieux lu poupou pidou en haut de sa grue Lalo chantonnait tout en faisant bien son travail et lors des périodes creuses par exemple la pause déjeuner bien sûr lui ne redescendait pas les cinquante mètres après son en-cas du pain de la salade et une tomate quand c'était la saison ne pas oublier l'eau et pour pisser ben il ouvrait la fenêtre mais surtout il écrivait dans des carnets tout ce qui traversait son horizon la vue était splendide et les idées fusaient directement vers le papier par la suite il avait même acheté un dictaphone pour ne pas être freiné et le soir sa femme retranscrivait gentiment ces tranches de la vie d'un grutier courant à présent autour de son propre lac et de deux fait-il à son point de péage invisible deux tours il pleure toujours à l'approche du petit bois redoute que Fayl y soit encore comment oublier la façon dont il l'a supprimée en laissant tomber une charge de plusieurs tonnes du haut de sa grue car madame préférait son petit appartement et refusa toujours l'idée d'aller habiter au pied d'un lac n'importe quoi Lalo traverse le bois menu et sur le banc d'abus où Exmet le tour d'avant eh bien figure-toi qu'il n'y a qu'Exmet lisant un livre à succès en poussant de légers aboiements plongé dans chaque mot de chaque ligne de chaque page il ne lève pas la tête au passage du coureur lequel sanglote plus fort que les orgues paresseuses inondant ses oreilles ralentit Lalo lui demande Lola je n'en peux plus c'est d'accord et jusqu'aux jeux les deux ailes battent lentes et le pouls se raffermit sur un paysage aromatisé très au loin on devine un bouquet de grues construisant les blocs de demain et aux pieds de ces tours un avion punaisé au sol où Odgenou héhé voit flou sans ses lunettes elle exécute des gestes hasardeux qui modifient le cours de l'histoire plaisir d'été on est dans le troisième tour et Lalo pleure moins en arrivant à la jetée sous le soleil son chagrin se change en eau chaude le long des joues vers l'âne au bout de la ligne droite on constate le retour de la chanteuse et de son voleur adossés aux barrières de l'enclos Wozir tient le micro devant Kib qui chante dedans avec la grâce d'une pineupe revenant de la capitale où elle a décroché un contrat du mur d'un producteur acceptant d'enregistrer son premier trente centimètres mais il faut encore répéter mademoiselle et ce jusqu'à péter en ré avez-vous un entraîneur et là Wozir est sorti de derrière le rideau houp chaf on m'appelle j'étais là on va faire du bon travail en passant devant eux Lalo met son baladeur en pause afin de profiter du tour de chant pris par une mélodie qu'il fredonne jusqu'à boucler sa moitié trois et de trois scandé en mesure pour la forme au point de passage vers le petit bois remettre les orgues et s'émerveiller du mélange la poursuite de la chanson de Kib avec l'envolée des tubes ou gros sifflets de métal divin burinant le cerveau du coureur de jus vers le ponton où Odegnou émue par Lalo avait laissé tomber ses lunettes et un savon en rentrant chez ses parents avant la soirée conserver à la limite le permis de soirer avec un homme d'accord mais tu rentres au matin depuis c'est l'ennui cette visite d'avion arrêté quel supplice pour une paire de cuisses fraîches Lola saisit la situation et usant d'une parade banale sur kilourien invite la jeune coccinelle à s'émanciper tout de suite et elle s'envole devant l'avion interdit les parents autorisés à ouvrir la bouche le guide modifiant l'ordre des effets spéciaux afin de rendre compte de l'événement alors là c'est une fille qui décolle sans autorisation s'expose aux représailles normales Odegnou cette évasion l'ennuie jusqu'à cesser de l'ennuyer quand elle tombe au milieu du lac une imprécision que Chomba saisit au vol entraînant la femelle sous les fonds dont le bruit précipite Wozir impatient de nager parmi les ficelles marines en évitant de justesse le pédalo de Doktar et Fayl traversant le lac en long et en large Exmet ayant repéré leur manège a quitté le banc et voudrait s'entretenir médicalement retire ses chaussures et plonge à leur rencontre fort occupé Chomba laisse faire et l'ancien adorateur de chien rattrape le véhicule s'agrippe à un flotteur grimpe à bord éjecte le fantôme de Fayl désintégrée comme des particules de papier s'assied aux côtés du médecin et lui raconte son rêve éveillé comme il lisait tout à l'heure au bois un livre expiatoire suite à l'accident provoqué justement par vous le docteur et lui mon chien que j'aime ne plus imaginer cette lecture apaisante étant en quelque sorte mon antidog contre l'envie de précipiter un millier de stylos à bille du haut d'une de ces tours si vilaines et crever les pneus des grues permettant de telles élévations verticales le ciel troué crie sa douleur comme Lalo boucle le quatrième tour car rien aux jeux de nifants occupés à manger des flocons rien sur la ligne droite où la lumière est une neige brouillant le chrome des écrans rien à l'enclos où l'âne avale l'avoine et Kib chante contre l'oubli du monde numéro un dans tous les shit parades elle doit s'y préparer rien après dans la fausse courbe précédant le point de ravitaillement virtuel et dont on parle trop peu quatre rien quatre c'est-à-dire quatre enfin rien mais quatre si quand même quatre tours ne sont pas rien et comme souvent Lalo sait qu'il va faire ses six tours par défaut que de les faire ne saurait rien changer mais de s'en abstenir pourrait l'éplucher en deux morceaux identiques une coupe latérale depuis la tête jusqu'au scrotum lui-même ignore pourquoi et voudrait qu'on le libérât toujours cette impression qu'un autre imprime des histoires dans sa tête et qu'ensuite ces histoires sont lues par le premier trou du col Lola si tu veux bien avaler écoute-moi j'ai appris une chanson la pie m'a pillé la pie torpille ce qui brille dans la pie tout est toupie oui je vais l'améliorer je demanderai conseil à Kib mais que vois-je qui fait quoi à mon banc de rencontre préféré et où m'attendra Odegnou eh arrêtez eh je vous interdis eh de coiffer l'objet d'une cloche de verre comme si c'était une relique en gruyère eh les tranches de bois vont fondre au soleil réfléchi par le verre épais ça sera tout gras burk arrêtez eh en fait huit employés munichipous sont en train de mettre sous verre les quatre bancs du bois menu sous la direction de Chomba très à l'aise en chef de chant t'y es mon gars je te jure on va pas te louper indifférent aux menaces Lalo quitte le bois et se rend aux jeux nifanesques où la vue de tendres jambonneaux lui rend son sourire tout de même il se sent insulté car ces bancs sont-ils oui ou merde à lui et si merde comment se fait-ce qu'il ne les ait pas inclus dans les titres de propriété lacquesques cependant que Lola court en silence à côté de son prime prince dont elle veut soulager le stress et le suce invisiblement lui courant elle flottant en ombre de devant et ça ne se voit même pas quelle joie d'être une paire d'âmes quelle tranquillité de la part des pattes de chiens d'autres promeneurs au passage du coureur on l'évite on sait qu'il aime shooter mais se la coule-t-il douce tous en doutent son effort est courageux en plein soleil à l'approche de treize heures non loin de la décharge de sel l'irradiation verticale un sprint d'ascenseur avec en groom Lola détache le dernier étage de la fusée insinuant en Lalo un certain coup de barre qu'il doit circonscrire rapidement bientôt l'enclos où Kib fait ses gammes en attendant Wozir son retour à la surface alors fredonner la lapine m'a piné la praline câline qui s'étend dans la plaine alpine oui sa chanson a changé mais qu'en dit une professionnelle ah bien bien si si bien il faut continuer on a tous commencé un jour si vous voulez la refaire j'allumerai le micro on pourrait repartir là-dessus un étalon de votre voix qui ne tente rien mais Lalo a dépassé l'âne et les rochers artificiels bordant le domaine d'un paysagiste sachant tailler les haies vers le point de jonction une soif l'étreint le son cinq est douloureux mon cinq cinq cinq va cinq vers le bois aux cloches Lola redoute pour son frère d'armes car sur le premier banc Fayl est allongée de dos immobile dans le vide d'air d'une carapace transparente des fleurs entourent sa dépouille s'il voit ça le mari va défaillir elle le tire à elle et dans l'oreille imite le bruit d'un lâcher de ballons emportant chacun un oiseau dans les airs à l'orée de la forêt funèbre Lalo se détourne vers ce spectacle à l'hélium évoquant les bons moments de sa vie de grutier de nombreux oiseaux lui tenaient compagnie sur la flèche métallique il les laissait faire leurs nids les regardait en écrivant puis dictant ses idées s'enregistrant ainsi que leur chant sans être obligé d'interrompre la manœuvre en toute discrétion car personne n'aurait pu dire ce qu'il faisait vraiment là-haut jusqu'à ce jour où trop pris par le comptage des pigeons il avait négligé sa charge laissé tomber le tout cinquante mètres plus bas quand Fayl était venu pour la première fois au chantier lui annoncer la bonne nouvelle celle qu'il n'a jamais su ensuite redoutant le pire par rapport au creusement du lac il avait laissé fondre sur elle les blocs de béton et on n'avait jamais retrouvé le fantôme moi je sais où elle est disait Lamich compliquant dans les premiers temps la tache des enquêteurs mais cela n'avait plus d'importance maintenant viens Lalo on sort du bois l'âme sœur jubile de sa feinte il n'a vu en boîte que les deux derniers bancs vides quant à eux mais le second à côté de Fayl était occupé lui aussi n'est-ce que partie remise il y aurait de quoi jurer maison close de mince elle demandera des explications dans la pièce carrée et cette fois on l'écoutera on dira dire qu'elle est là même si personne ne la voit elle trouvera le moyen d'apparaître revoilà l'aire de jeux nifantine d'où Lamich s'éloigne à pas de géant car une brochette de parents brûle d'envie de la lyncher sur une autoroute perdue à condition que Wozir leur donne un coup de main Lalo respire un nuage de clous zone d'ombre vers la jetée où Doktar a rendu le pédalo et s'enquiert à présent de la location d'une planche à voile les vacances servent à ça mon chou fluide à treize heures en ligne droite Lalo évite la vomissure du monstre marin rejetant sur la berge Wozir et Odgenou avant de faire un somme avec Lamich sa femme du moment qu'elle ne parle plus de l'affaire Exmet lui n'a plus envie de faire un sport et s'assied devant la tente de Lalo où il mange un bol de nouilles glacées en regardant son bermuda il veut applaudir l'arrivée du coureur être le premier à lui tendre de l'eau en gourde et hii haa faire quelques pas de danse en son honneur non pas qu'il ait la tête à ça non pas qu'il faille prendre l'attentat à la légère non mais je veux passer là-dessus penser aux suites à donner à ma personne entre animal nouveau et riffs à la guitare allez machin bah c'est quoi déjà son nom Exmet boit la tasse de café laissée là ce matin sur la table pliante grâce au soleil c'est encore chaud allez toi termine et Lalo se rapproche contourne le lampadaire il manque d'air essuie la sueur à son front repositionne sa casquette se gratte les cuisses en intimant Lola de le laisser finir à sa manière et dans un seupeurinteux final chamboule le silence consistant à bomber au ralenti si six scies scient Sissi la majuscule étant synonyme de naissance dans la chambre carrée où nous allons prendre une douche avec le solo de peloton où tout a été lavé Wozir avale de grands verres de vin sous les yeux aimants de la chanteuse Kib dont la carrière va décoller depuis cette mélodie entendue tout à l'heure quelle merveille elle a trouvé son compositeur lequel arrive à l'instant tout entier dévêtu le sexe tendre perlant de sueur il vérifie que sa table a été réservée la nouvelle le lui confirme au bras de Lola Lalo s'enferme dans la douche aux parois transparentes et les convives du déjeuner voient le déroulement du savonnage au rinçage le sable s'écoulant à leurs pieds en vue de la contribution ludique à l'effort de course quotidien que réalise Lalo pour lui non pas pour elles oui si l'on se dit vive la chair à trous macérant pour eux Doktar et Exmet malheureux à leur place usuelle le siège en signe d'infini à causer déjà de ces fameux bancs sarcophages que Chomba et Lamich agencent sans relâche depuis qu'une concession leur a été offerte en échange du soin apporté toute l'année au lac aux jeux aux astres aux probables départs vers kilourien que tout doit contrecarrer car personne ne souhaite que Lalo s'en retourne même si chacun sait qu'il en sera ainsi qu'une telle annonce a été faite voilà deux mille ans un soir le fils du chien sur kilourien s'en reviendra une fois ses os enterrés ou ceux qu'il aura pu trouver décomposer sucher la mouale muha normal d'être au ban quand on n'a pas l'heur de plaire à ceux qui sont sûrs de leur droit à vivre et critiquer les déviations forestières ainsi devise-t-on dans la pièce carrée où Sissi se débrouille comme une conne c'est-à-dire qu'elle plaît aux hommes et fera de vieux os au contraire d'Odegnou vidée de longue date deux saisons un retour au vent l'abandon et bientôt là fin le troisième cercueil ma pauvre enfant tes parents ne te sauveront pas tu sais cesse tes manières car celles que l'on t'apprendra désormais seront de pierre et de terre le verre de tes géniteurs fracassés va-t'en chier dedans et oublie cet avion l'avorton n'ira nulle part regarde plutôt cette fille depuis sa tour d'immeubles elle a capté l'attitude a su créer l'image du présent de lac comme Lola en quelque sorte toutefois cette ombre n'a pas survécu au charme de Sissi l'impérative et comme nous allons manquer de demeures pour crever elle ira se superposer à Odegnou la pute au cul fourré du chien d'Exmet et de pourrir tous ensemble avant le retraitement dont Lamich se chargera avec Chomba le broyeur de cadavres au sel à l'huile une mélasse fumeuse où se mêle un soupçon de foutre que Lalo ne manque pas d'évacuer en même temps que sa crasse de course comme il se sèche les conversations redoublent autour d'une rumeur encore plus folle rétrécir le lac serait en train de rétrécir au point de modifier le moindre déplacement rétrécir la plus infime rencontre et au final toute possibilité d'expansion donc d'expression car la menace est claire rétrécir si ça continue il n'y aura plus rien bande de cons hurle Lalo en inaugurant le second discours de sa saga personnelle et sans déballage aucun rétrécir en temps de crise narrative on sait se tenir au lac car le lac est une utopie réalisée une voie ronde une chamouflée où beaucoup reste à faire y compris l'assimilation de mots nouvi c'est la cwiiiz disent les sérieux les studieux les apprenant les appartenant à les croyants appartenir à les mendiants de savoir aux sens que l'on mène à la baguette mais Lalo c'est moi et je suis si content d'avoir mon propre univers oh bien sûr il n'est pas séduisant de prime abord et au début on y prend même carrément des coups il faut s'accrocher un peu connaître les habitants accepter d'y mourir à tout moment entre temps mon corps a séché et je m'attable en vue d'un bon repas après la course oui Sissi a mérité la place d'Odegnou et de Lola réunies car ces poussichaz n'en faisaient qu'à leur con oui je dis ce que je pense et les lacaficionados me savent gré de construire en conchiant toutous cuculs et culture truquée c'est qu'au lac nous produisons en permanence notre propre truculence il s'y passe meurtres et voiles si l'on veut bien se reprendre où partir vraiment n'importe où allons voter en éclaireur je dis mille voix contre illimillionilles et voilà j'ai gagné je suis celui qui dit quid de l'est de mon lac là où la grue a permis de repérer Sissi et de perdre Fayl oui Sissi encore un peu de beurre merci d'adoucir ces radis ensuite nous irons toi et moi sous la tente mais je te préviens il est hors de question que tu me survives dans ses monologues posteffort Lalo s'emballe s'affronte et se discrédite la chambre carrée sert à cela entre les tours il conserve la mémoire de ce qui compte depuis qu'il habite ici tout son projet se fonde sur le souvenir d'un tour à l'autre au fil des saisons qui sautent les plats passent de l'assiette à l'estomac chacun boit les cafés qu' on sert Doktar sort le premier et rejoint Chomba au fond du lac en face l'âne mange dans la main des carottes de Kib elle entonne debout un autre chant à côté d'Exmet revenu de rien si vous voulez m'aider veuillez aboyer entre les mots la voix d'or sature gémit le baudet nie être la cause du raffut d'un seau boit de l'eau au bois on ne peut plus s'asseoir seuls les morts continuent de se désosser et Odegnou Fayl et Lola redeviennent poussière blop dans les aquariums bloup actionne Chomba les cendres à la trappe ça s'accélère l'été s'en va le printemps revient et Sissi plus Lalo s'en vont vers la tente le long d'un chemin réduit l'allusion au rétrécissement doit demeurer ils font un autre café parce que dans la chambre carrée c'est du tasse à vocation familiale dont pourtant les parents d'Odegnou ne voudront pas quand on leur annoncera la mauvaise nouvelle et leur avion toujours adhérant au sol alors qu'ils doivent partir agir refuser l'agonir c'est chiper l'espoir porter l'oubli tasser l'enfant terrassé le lac s'en occupe toutefois le père lève les yeux au ciel s'émerveille du bouquet doré de grues leurs flèches tricotant les fichues cités d'aujourd'hui sur une table devant la tente une cafetière en verre munie d'un poussoir en plastique on met d'abord le café au fond puis l'eau qui brûle puis on attend et on pousse avec le plat de la paume fais attention Sissi vas-y je sais c'est dur et si on le renverse ce sera trop chaud pour nos peaux le café est prêt on le boit en s'asseyant face au lac que l'on regarde à l'ombre d'un parasolitaire non que Sissi soit une autre sorte de doublon de Lalo mais elle est allée se soulager derrière la tente et s'en revient en portant dans ses bras une boîte en carton remplie de nez et de tétons d'oreilles aussi des doigts de pied sans ongle une bouche complète et je ne sais pas combien de dents en vrac des paires d'yeux avec leur ficelle un menton enfin plein d'adorables babioles dis l'ami tu vas faire un vide-grenier avec ces organes imputrescibles demande Sissi par pure provocation en saisissant sa tasse bouillante à hurler mais souhaitant que son propos traverse sans brouillage elle serre les dents et Lalo n'aime pas voir quelqu'un souffrir se hâte de rectifier mais non ma chérie c'est juste qu'ils sont récents mes bibelots pas de quoi faire un rot main vert j'ai la main verte ajoute Sissi confite de gentillesse à l'égard des plantes plânantes elle carbure au brun se roule une cig la propose à Lalo ça fait six mois qu'il n'a pas fumé mais il dit oui en se chatouillant les côtés ça fait rire même les voisins et quand lafilalum les arômes relaxent sa bouche dans les veines la chance d'être en vie lui revient comme une bouffée jaillie d'un vase triangulaire très pyramidal à l'envers une douce électricité sur terrain argileux Sissi s'est assise sur un tabouret à rotation permanente c'est-à-dire sans monter ni descendre comme une idiotie pour pianiste il lui est donc possible de tourner infiniment ce qu'elle fait en reprenant du tabach et l'après-midi se passe ainsi pour elle puis Lalo voulait une seconde cig mais c'est trop d'un coup quand on est bon coureur alors il ne la finit et lafilafum en tournicotant jusques au soir la fin la tente allons-y monsieur le sportif c'est Sissi récolte son trophée bien méwité ces années passées à grandir à la cité lui dans sa grue à créer le parc du présent marquer de son empreinte la danse de fenêtres liquidées des maisons où les murs n'existeraient pas des paliers de personnes s'emboîtant avant même la montée de l'ascenseur de l'amour et de la neige des oiseaux naturels laissés tranquilles par les chats châtrés que poursuivent des guêpes paumées sans leur nid détruit par des pom pom boyz un nunivair tellement madame wouf qu'on appelle ça le lac rétrécissant après que Lalo en ait interrogé la surface plusieurs heures durant sans jamais rien conclure car s'il se mettait à déballer Lalo dans sa tête aurait mille vide-greniers baroques des centaines de curieux et aucun acheteur mais comme ce serait un procédé il y a renoncé jusqu'à trouver l'article de la mort et ce jour-là pour la première fois ne marchandera pas afin de garantir la liquidation d'un soi en pluie félicitations vous avez une nouvelle vente la berge en face est plus proche qu'avant rentrons lance-t-il et Sissi s'invite à passer la première saute le repas du soir demande à être intimidée c'est ce qu'on va voir se répète Wozir ça commence à suffire ce grutier trucideur décideur de mes deux grues il a rusé et se tient couché sous la tente depuis une heure son tunnel vient d'aboutir une fine épaisseur de terre le sépare de l'habitation lubricodésastreuse on va y mettre bon ordre ça tombe à pipe car c'est dans la prochaine minute que l'invitée de Lalo doit être découpée à l'aide de six lames dentées que celui qui n'a pas peur prenne ma place songe l'intéressée qui vient de comprendre le double sens du manège aulaclalotique ne craignez rien moi c'est Wozir et je suis là souffle-t-il à Sissi à travers la terre et la toile de jute du sol de la demeure lalolactique sous ses dehors de bandit magnétique Wozir est un informateur venu aider la jeune infiltrée libérer ces gens que Lalo séquestre dans son lac en prétendant qu'il en est prisonnier tout en affinant chaque matin une rançon hors de portée décrypter le tyran en débarrasser le mortel la pourriture doit cesser et renaître les cadavres épuisé sur son matelas le coureur peine à rester éveillé il fait noir avant la fin minutée ses yeux rentrent à la maison Sissi est aspirée en sous-sol et cette évasion orchestrée par Wozir fait foi de répétition si l'on pouvait creuser un tunnel partant des galeries de Chomba vers le parking sans affection où un avion est à l'arrêt hip l'évacuation discrète de Kib Exmet Doktar et Lamich hop le cas du monstre marin reste à débattre faut-il compter parmi les innocents celui qui a déjà fait disparaître tant de monde de la surface du lac viens ma reine on se barre pendant que Lalo fait mousser sa crème de nuit ronfle sous la tente et rêve à nouveau qu'il fait le tour du lac sans friction une manière idéale où soif et fatigue disent non au guidon relevé le bout du nez se balader sans preuve loin du souci de briller ce sont dix vingt tours s'enchaînant simultanément sur l'oreiller soudain affaissé par la course souterraine de Sissi en fuite merci mes amis le coureur parle haut je n'ai pas toujours été gentil avec vous mais là je vais mettre le lac en vente il faudra m'aider à le nettoyer et si l'on en tire un bon prix c'est d'accord chacun rentrera chez soi Lalo transpire dans son maillot de corps un engourdissement la chaleur d'un couple reconstitué Sissi à ses côtés d'un battement de cil il s'en assure à demi-sommeil l'amour son paradoxe révélé mais les draps vides la fille évaporée évanouie la belle histoire imaginée du haut de sa grue à construire des tours abritant le beau sexe ce manque le réveille tous ces tours dans la tête l'ont assoiffé il boit une bouteille de bière naturellement cruche en ailes minérales s'assied en tailleur et de sa tente entrebâille la lourde porte en toile voit le soir arrivé sur le lac Chomba faisant la planche vers la jetée où Lamich sur le promontoire prend son élan et se laisse tomber en bombe à eau enquiquinant son chou profond de grands élans comme ça nous émeuvent font diversion permettent à Wozir et Sissi de gagner la chambre carrée devient un lieu de stratégie antilalo où promu chef des marées Doktar est chargé de nuire de toute son énormité le ventre ballonné sous la tente Lalo discerne l'aire de jeux en face l'ombre des portiques le gravier mou et les tapeculs investis par les moins petits puis c'est le squelette l'armature apparaissent et de la balançoire il ne voit plus que le contour ainsi des bancs du chemin du grillage entourant le lac et le lac lui-même est un ovale tracé au crayon les arbres en tresses effilées des feuilles évidées ne subsiste que l'ossature la ramure vide le pays de lumière n'est plus qu'un tracé un dessin restant à colorier la tente autour de Lalo un triangle creux ne le protégeant pas il se frotte les yeux secoue la tête se replace pile en face du portique la distance neutralise un instant l'illusion tout redevient conforme à la vision vespérale du décor lorsque mouches fourmis et autres espèces envahissent le champ araignées aussi guêpes souris et de nombreux chats toutes sortes de rampants voici révélées d'un coup toutes les occurrences du règne animal vivant au lac un calque dominant toutes bêtes mises à nues sous les yeux de l'homme envahi jusqu'à ses pieds par une armée de bestioles dont certaines restent à découvrir par l'entomologie côté mammifères ce sont dizaines de chiens chats puis rongeurs et les poissons deviennent visibles dans le lac est un contour au feutre noir débordant de nageoires la scène impressionne le coureur son torse le démange il bande d'excitation et sa prostate l'angoisse sonne le crépuscule de sa récupération dans l'air saturé de bourdons est-il seul à voir tout ça Lalo secoue la tête de ses cheveux tombent les pous de son enfance il n'en manque aucun au loin les contours de l'aire de jeu s'estompent le chemin de promenade perd un à un tous ses cailloux à son tour la jetée s'évade les insectes les vivants tout s'envole en gerbe vers le ciel et de se retrouver devant un état du lieu d'avant le creusement du lac avant les jeux d'enfants avant le petit bois extrait d'un bois plus vaste tout était forêt avant le lac prés et blé germé accès réservé aux exploitants terriens plus moyen de courir ici combien de décennies manque-t-il est-ce un siècle en moins au milieu est un ongulé il a remplacé Chomba et galope en liberté court dans le vaste pré en dessinant à peu près l'ellipse du futur lac il va falloir creuser ça songe le maître des lieux trempés de passé d'où surgit une silhouette en habits d'antan femme à chapeau de foin en approche du cheval murmurant à son oreille une vision d'aiguille et de meule voulant trop embrasser le coureur perd l'équilibre parti son caillou le laisse cul nul renvoyé à l'intérieur de sa tente où il constate la disparition de Sissi l'odeur de la fiffi le manque de conviction qu'il avait mis dans sa capture la grue perchée devant les tours le récit de ses désirs qu'il dictait dans la machine qu'Odegnou retapait revoulait reviandait le soir dans leur logement gaufré d'oreilles murs vanillés Lalo paie son obsession pour les épices du monde est-ce Wozir le rapteur là aussi le goût qui traîne dans la tente ne laisse pas de doute après avoir laissé filer Fayl sa vraie femme son historique écrasée sous des tonnes de bitume et Lola ombre parlante et Kib encapuchonnée au micro et Lamich au derrière de Chomba et Sissi n'est plus ici épluchée sous la terre enlevée par un porc marchand de vent deux infiltrés tu crois tout ce qu'on te dit Lalo s'écœure se couche sur son matelas gonflable oublie le lac d'avant cette fille sur le cheval ou était-ce vers lui il a un trou de mémoire l'infatigable coureur mériterait de s'endormir loin des chambres carrées modificatrices de volumes et de temps il prend un carnet de notes inscrit le chiffre vingt-deux et l'entoure d'un rondi comme samerdi écrit le récapitulatif du jour de fin d'été fin de sueur fin de souffle chaud fin de compagnie au matin c'est le printemps et dans quelques heures il n'aura pas le choix Lalo reprisera la course là où il l'avait trouée probablement repartira pour six tours de roue où les trous seront encore plus vides de l'heure du temps à vivre universel où tous les hommes retirent en même temps leur maillot sur la plage d'un lac changé en océan leurs pénis pendent au sol avant d'apparaître aux sirènes du milieu du lacocéanique dirigées par Chomba leurs nageoires leurs orifices leur chant font se dresser les membres du club des érigés de la fesse héritiers de l'ennuyeux manège de miettes de chips mélangées au sable bleu marin dort il s'évapore meurt de sommeil éteint la tente rerêvêrer de bons instants de perception d'une vie où tout était normal le droit de rire de dire de nuire quoi à qui c'est là déjà que ça merde l'ami n'oublie pas tes premières dates si tu veux garder l'espoir de reconstruire un jour un château moins fragile au bord du lac mais il est l'heure de prendre cet apéritif à base d'anus vieux cormoran mal dosé alors ferme ta manne à miner les objectifs les plus raisonnables et demain hydraulique au lever sache-le rien ne te sera épargné car nous savons maintenant que tu souhaites et sans le moindre regret la mort du monde monde sans lequel tu ne serais rien un vrai miracle que tu soies né que tu aies grandi développé ton cœur ton cerveau tes mollets ton désir de courir plus vite que le voisin ta soif de tout connaître et à la piscine cet attrait déplacé pour les aisselles tes parents t'ont soutenu tant et plus tu as appris à t'en dispenser tu es devenu ce grutier qu'on envie quand on pense aux oiseaux tu as aimé on t'a tué enfin tu crois cela et à cause de cela tu as détruit ta femme est partie avant tu n'as pas pu grimper là-haut ce jour-là aussi cesse de te croire si fort les yeux fermés ces trois idées tournent en boucle je veux habiter au pied d'un lac je dois m'échapper de l'asile je vais tuer ma femme je veux le lac je quitte l'asile je la tue le lac l'asile elle en moins si Sissi a pu me guider se dit Lalo pourquoi est-elle partie à midi moins deux au printemps montre en main j'habite au pied d'un lac je tue ma femme et m'échappe de la maison de fous quitter la chambre carrée me défaire du capiton il se revoit longtemps assis sur les sièges des cabinets à lire un magazine autorisé par l'institution le lieu des guérisons et du pardon de l'irresponsabilité admise en comprimés administrés à heure fixe midi pile pour le gros rond au goût de fraise Lamich veillait à la bonne prise pas cracher pas garder collé au palais pas noyauter à plus je vais me promener m'échapper de l'asile je veux habiter au pied d'un lac et juste après tuer ma femme ça mouline la chasse est tirée au moment de regagner ta chambre carrée si plate si rembourrée soudain une idée se fixe plus certaine que les deux autres et je m'en vais saute les premiers barbelés de coton mouillé tire la langue aux gardiens du phare de la sanité je plonge sous le sable emportant avec moi ma compagne de toujours Kib chanteuse à la voix de rose soleil de l'asile première au lit seconde à table et dernière au tableau triple parfum de bonne santé prodige incarné qui au jour de la naissance du coureur fut de loin la mieux armée pour te seconder le moment venu Kib et Lalo ont quitté le musée des fous vivants voilà un an lui s'est aussitôt planté au pied d'un lac et sa femme dans tout ça petite embrouille il l'avait tuée déjà de tête sinon n'aurait pas atterri à l'institution des citrouilles défaillantes bien réel le coup de la grue qui décharge ses tonnes de briques et elle aaah gros coup de pioche la tombe sur place précreusée par l'événement on peut le dire ainsi l'accident de parcours Lalo j'ai eu raison de faire ça interné d'office Kib déjà sur place son crime faire croire dans des trains qu'on la dévalise mais Chomba le sage et vénérable directeur prend soin des patientes Lamich sous son bureau maintient sa motivation intacte il est midi pile et de la course l'amateur comme le forcené se mettent en route au même moment à deux endroits du lac pour changer Lalo décide de tourner dans l'autre sens c'est celui des aiguilles de sa montre vont-ils se croiser au milieu oui s'ils vont à la même vitesse mais Doktar étant nouveau venu dans cette discipline d'endurance nous ne parions pas sur lui d'autant que jouer peut provoquer des dépendances et un isolement grandissant de nature à se faire enfermer une fois ruiné top départ réduit à l'inconséquence des mauvais perdants pour un mois d'avril il fait doux quoi que brisant mais le coureur aime cet entre-deux et ouf pouf les foulées s'enchaînent jusqu'à l'enclos de l'âne averti du changement de saison la ligne droite très plane jusqu'à la jetée où Lamich donne des cachets aux bébés poissons Lalo négocie le virage vers les jeux d'enfants une seule maman surveille un seul petit à l'entrée du bois menu hou pou le pont le ruisseau les quatre bancs réduits en cendres c'est ici que pouf l'on croise Doktar vraiment pas rapide et l'idiot se maintient sur la même ligne que nous veut-il tenter un arrêt houf Lalo l'évite en expirant double le souffle surpris d'avoir échappé à une camisole de poche dégainée au dernier moment dans laquelle désormais Doktar se prend les pieds s'échoue entre bancs deux bancs où filles fondirent l'hiver dernier s'évaporèrent chou blanc pour ce tour comme le coureur endurci boucle déjà son premier et de dire un pour et d'un c'est vrai que le lac a perdu de son embonpoint clame Sissi du haut de sa tour au bras de Wozir qu'elle a invité jusqu'à l'automne dernière tranche de Lalo où il sera enfantin de le capturer disent-ils en voyant ce lamentable Doktar empêtré le second tour est bien parti la musique techno irrigue le cerveau du coureur vêtu d'un short moulant et d'un tee-shirt à mailles marines si seulement je m'étais évadé d'un tel asile se met-il à rêver comme tout être digne d'avoir un passé un socle une assise où se reposer parfois le problème avec Lalo c'est qu'il se refuse à jouer le jeu de l'homme cette prise de position ce besoin de puissance et la soi-disant confiance en le genre l'espèce le truc qui s'est mis sur deux pattes avec son pouce libéré de la course à la survie capable alors de construire outils et dessins voire de se coiffer grimer pommader rêver aux êtres suprêmes et pourquoi pas se prendre pour un de ces êtres nonhf lui qui court nonf ne crédite aucune hypothèse surnaturelle homph ni non plus ne chercher à surêtre c'est le nini de l'inexistence la pulsation plane le cerveau disponible à toutes les voies réelles tous les choix du cœur du corps du souffle ihnnihn ohnono ahahnniiiffffowwww la course autour du lac rétrécissant on arrive déjà au milieu du tour deux ton miroir est un pays non persistant alors avanche Doktar grappin tassé dans sa fange de débible lamentable Dokeutaré le boulet du réchit qu'ichi nous découpons en morts chauds va Dokoutrampooing dicheparaît sous le banc qu'un jour tu enfantas à la faveur d'une connerie que tu nommas l'amour tu vois Lalo arrive à la jetée où Lamich s'est oubliée devant le spectacle d'un enfant rué de coups par son salaud de Chomba gourdin à la main rougie sous la déforlade deka kaldo frouthammoniacale de besognes basses toi t'es mon chien de mer a dit Lamich après avoir essoré sa culotte de cheval au passage de Lalo la saluant d'un coup de trique bien ordonné courir fait bander l'homme comme une patte de caravane flottant au camping tout entier nappé de foutre c'est Dokeutanouille est fichu à l'abord du bois menu et son anchien copain Exmet le retrouve s'apitoie même eh toi-même non toquable mon bistouri dans ton cul et l'Exmet dans sa tente puichou passoche exeumétrique de se chianjer en chocollant coulant bousant puant espèce de flibustier lui lance Lalo en arrivant au point trois passage trois et de trois la tente va bien embrayons homalouma koloklak tikumaro la chikougne son estomac charme l'espace le modèle après le départ des nuisibles exechemetedoktara reprenons une vie plus onirique car je ne suis pas plus fou que vous votre horreur fit Lalo devant son tribulable internachional mais sinon plus sérieusement et sans déconner eléoùkib oui l'évadée d'avec lui de l'asile c'était Kib eléoù sa Kib c'est le joggant crie deux trois fois ce prénom le lac étant moins vaste il va plus vite et ne craint pas de s'époumonner un peu Kib ma biquette lance-t-il à l'eau et à l'air au feu les mous domptez-moi la kibette choyez zendils et sinon vallez ah valets du système alakon que vous continuez d'enseigner et dans vos écoles qu'on y lise des livres jouant bien gentiment le jeu de l'homme ce chien ayant dominé son envie de pisser comme Lalo court vers l'âne et débraillé se soulage sans s'arrêter hihan l'âne aime et richâne tranquillement sauf qu'un surveillant en noir une sorte de robe de budée avec un col blanc surchié de derrière l'autel ou jetée changée en promontoire sacradémentiel le lieu du cul te fera t'élever plus haut dans celui de ton vison or donc le cure-raie s'indigne du jaune souillant la bonne pensée lui qui brique en secret ses plats de velours à graines de fesses femmes en veuveu courir c'est courir c'est courir courir c'est ignorer la menace Lola reparaît en fantôme avec aussi Fayl et priant Odegnou c'est Odegnou elle-même agenouillée devant son reflet prioritaire sa préoccupation regagner le banc de sa naissance chacun semble vouloir se pétrifier dans le bois menu songe Lalo en le franchissant déjà quatre quatre madame quatre je dis quatre et du haut de sa tour Sissi a tout surveillé en particulier l'échec de Doktar à recapturer Lalo et Wozir de confirmer combien cette faillitte de camisolomille au citron du soir risquait de miner la captivation originale de cette vie si importante pour Lalo tel un sac minuté de pétoncles et le consortium du lac qu'il acheta à peine sorti de sa prison ou cocon au plafond du chenil préfabriqué wouf cinquième tour en route vers l'errance des modernes en désuétude le long de la babouche d'autoroute à sandalettes au fromage on ouvre les yeux on boucle le nez c'est le phénomène le plus étrange jamais hallucinéma cinéma par Lalo tchi tcha en effet devant lui l'horizon se remplit de tous les gens ayant emprunté avant lui la ligne droite depuis un jour une superposition de tous les coureurs tous les enfants tous les vélos tous les chiens les landaus tous les dandys toutes les mamans les maîtres nageurs tous les chats tous les chaussons sans chausseurs les pirates tous les cadres en pause déjeuner les marmots tous les manches de pioche tous les docteurs tous les ânes tout tout tout ce que le lac a pu voir ces dernières vingt quatre heures apparaît d'un coup sous les yeux de Lalo rapidement saturés le passage bouché le long de la ligne blanche c'est infrouménal non seulement tous les gens et les bêtes susmentionnées mais leurs mouvements eux aussi restent permanents à l'observateur dont l'empreinte au sol est découplée triplée décuplée par tant d'autres y compris les siennes et celles de lui d'hier et du tour précédent c'est comme s'il se voyait devant en train de courir et derrière ayant déjà couru de même pour tous à l'exception imbriochée de Chomba l'aquatique dont les poissons semblent semblables immobiles à chaque instant enfin le mystère mais aussi le plaisir de représenter l'abîme la vue du calque de la superposition infinitive des groupes regarder parcourir prendre en pleine figure ces obstacles invisibles et tellement vrais inaltérables mais heureusement Lalo ne panique pas et poursuit sa couche vers la fille préférée déjà le bois menu où les fantômes de Fayl et d'Odegnou prient devant les bancs déjà la tente et loin mais moins la chambre carrée tapissée de tisane aliénée et de cinq cinq si cinq houf cinq pour cinq le conch a déjà cinq tours fait Wozir depuis la fenêtre de Sissi laquelle est prise au derrière par l'espion venu du train de banlieue où des parkings étaient dévalisés des chanteuses bannies des princesses vidées de leur fraîcheur avant le coup de rouge et le pâté de canard la pie voleuse de luvenettes d'Odegnouche ah c'est pas vrai encore une bite songe celle que de nuit on a trop surprise mais il n'y a pas de règle et Sissi se réjouit d'en awozir une dans le cul pendant qu'elle tente de ramener Lalo à la raison depuis sa fente en fenêtre en haut d'une tour à peine dépassée par une grue grue sur le point de niveler le paysage en vertu du sixième tour de Lalo déjà en vue de l'âne enclos c'est la grue tire sur le plan du chemin entourant le lac rétréci ou en train de rétrécir selon les relevés la grue s'actionne et la voie si plate prend du relief le crochet au bout du câble le long du treuil agripe la route soulève la cuvette tout s'envoie en l'air et Lalo s'étonne à grimper un chemin de fort dénivelé sentier maritime avec le lac si petit en bas muni de vagues bleutées la force du temps modelé conforme aux envies terrées au sommet de ce chemin arboré où la ligne droite tout à l'heure victime de la superposition des éléments des gens et de leurs mouvements se voit désormais entourée de haies semblant s'acheminer vers une colline où une maison blanche surplombe le soleil printannier de seulement midi et trente minutes vrai le lac s'est plupetité avec Lalo désespérant de revoir Kib seule dame encore vivante du récit avec Lamich bien sûr et là vers disons la jetée nouvelle la jetée cette fois digne d'une crique un précipice une piste aux étoiles là devant lui et loin encore c'est tout au plus un miracle et sinon une abomination c'est toujours un peu des deux quand ça arrive et qu'on est fragile comme Lalo c'est ce qu'on a immédiatement appelé la parenthèse orange et qui mérite plus ample description dans les annales de la beauté et du serpent de ciment se souvenant que ce que voit Lalo existe réellement dans sa têtte exposée aux dents de la vie ferrée où un train miniature fera le tour du lac lorsque celui-ci aura suffisamment réduit l'asile était bien un leurre parmi d'autres et pourtant devant cette créature vêtue d'orange on voudrait croire à un peu de bonheur et qu'un sens existe vraiment derrière toute la foire humaine humide de ses mensonges perpétuels car au sommet de cette colline fraîchement érigée par la grue étirant le paysage piloté par la raison ambiante nous avons nommé Sissi et Wozir tout en haut et si altitudés que personne d'autre ne peut les voir Lalo et une fille orange s'approchent se croisent se flattent se sourient s'embrassent sens sens-moi cette fouine songe-t-il comme elle spa spam se pâme-t-elle au contact au chef au bruit des tissus organiques du coureur milieutant son sixième tour s'arrêtant renversant s'éprenant immédiatement de l'apparition trop belle pour être fausse une femme aimant l'être-là c'est lui Lalo venu de loin pour ressentir quoi que ce soit de bien voilà qu'enfin ça arrive et il émet un peu de liqueur car les nerfs reproducteurs sont ultraprompts sur kilourien laisse pisser mon poteau la fille l'enlace et cet étalage lisse les humeurs démultiplie les positions lorsque leurs bouches se joignent Lalo songe qu'elle court à côté de lui et bouclent à deux le six six et de six si à deux six on dit six six en haut de la grue Sissi les voit reparaître car le couple a commencé sa descente vers la tente de Lalo quant au bois menu rien à signaler cela n'intéresse même plus les chiens fruités la parenthèse orange vient-elle aussi d'une autre planète demande Wozir un peu absent au sommet de cette grue dont il a peur sans oser l'admettre et Sissi repérant cette cachotterie crache sur l'homme doublement aveugle car évidemment la fille est en matière de la planète terre puisqu'il s'agit de Kib l'amie chanteuse et tout ce qu'on a pu dire avant c'est de la salade de nouilles fait Sissi dégoûtée par cet être de peu de charisme bon il m'a bien enculée et après je n'ai pas attendu sa torche pour découvrir l'ambiguïté des caves et lui là tout peuru sur la grue fesses à l'air tremblant à l'envers tel un singe raccroché à la branche comme s'il venait de constater qu'en dépit d'une envie formidable nul ne va plus lui permettre de défoncer aucun trou même s'il se la jouait mémère sudoripare à deux ronds de cuir les miches faussées par un langage qu'il paraît qu'on peut dire à condition de posséder le syndrome de la tirette en peau de couille alors Lalo décrète qu'il l'a ce truc si pratique pour jurer jouir et jouter je m'en vais juter sur le crâne de mouton aux trois herbes de tous les branleurs à poches de gras il va réviser faire mieux au prochain tour car en effet qu'arrive-t'il Lalo ne s'est pas arrêté et entrepend un septième tour ov zeu leyk c'est vrai qu'ils sont courts houf moufa que pouh le lac rétrécit et la pente de descente après le col où l'orange s'est dilatée Kib femme de sa vie Lalo reniant Lola petite prétendante au talent si facile qu'il plut aussitôt au monde entier mais pas à lui Lalo expert terrestre car s'il entame moulu pouffé caramélisé de la salive de Kib en rut en nage en veine de courir aussi bien un septième tour où tout devient cible c'est en constatant qu'une fois sorti du piège l'évidence renaît et s'impose l'épanouissement de deux êtres complexes est impossible il faut le savoir ne pas attendre l'occasion ouf lâcher Lola ne plus toucher aux poules pour rire mais ciel sont aussi compliquées ou le croient-elles que toi faut t'en défoutre aussi sec tu m'as compris gros bœuf les vaches au pilori pense métaphoriquement Lalo et c'est un peu pareil pour Sissi qui actionne le manche à horizondétaler le crochet de grue poussant Wozir dans les cordes métalliques du vide en pointillés finali aïe le temps d'un tracé Wozir n'est plus nulle part qu'au fond d'un chantier troué chuté de trente étages oser la tache Sissi rit de maquiller l'accident de chantier j'ai de la peine dit-elle au polichier son cul tout chaud de s'être tapé le manche décisif celui qui précipita l'amant voleur d'autoroutes et après les voitures elles tombaient dans la nonvoie l'adéroute ah mon pieu quelle histoire fait la fille urbaine catastrophée comme Lalo dépasse l'enclos cette vision de Kib à côté de lui l'aimant l'aidant le soutenant dans sa quête du lac majeur de la perfection faite étendue d'eau c'est si beau que partout autour son cœur bat en même temps pour lui c'est quand il court et pour elle c'est quand il pense à Kib ça vont-ils alors s'aimer ces deux comme des loups odoriférants une autre possibilité de mot serait géniaux je te rejoins tu me retrouves je vais replanter notre dôme Kib évoque une nouvelle tente Lalo d'accord puis comprend qu'elle parle de la chambre carrée carrée tu es drôle dit-elle ta tente a toujours été ronde de quelle chambre parles-tu le charme des amoureux eh Sissi est un peu jalouse regagne la tour où elle a grandi s'en va téléphoner à Lamich et elles conviennent d'une tasse de thé pour les quatre heures côté petit lac c'est si sec qu'on croirait une éponge malade Lalo en fait le septième tour aussi vite qu'un tour sur lui-même et rejoint Kib en un clin d'œil pour admirer la nouvelle tente en clair le lac au cou de printemps a dégonflé la chute mortelle de Wozir a raplati la route élevé le col d'amour montagnard sur lequel un petit train tourischic circule à présent ses wagons craquent de fantômes comme Fayl ou Odegnou mais aussi les défunts du bois menu dont on a déjà oublié les noms ainsi va le monde il faut faire semblant d'être triste mais on ne peut pas le demeurer trop longtemps car on finirait par y passer songe tout kilouriennais frappé par la coutumumaine du deuil et son enrobage lacrymal je crois que tu m'entends ô mon absent mon infiniment perdu pas voulu que tu mourus pas vendu pas pris c'est lui c'est pas moi ni eux mon horreur votre amour de la loi ça aussi sur kilourien personne ne sait ce que c'est car les planéteux de là-bas savent se tenir se conduire se vizir sans châtiment sans puissance sans règlement sans nage brassée papillon envolé cage à peine des barreaux de sel oui dix fois cent fois oui car sur kilourien les gens n'invoquent aucune magie ni ne fomentent aucun crime en vue d'étendre des pouvoirs n'ayant aucun sens lorsque l'on sait qu'après soi tout s'arrête ni succès ni succession sur kilourien juste des vies à vivre libre mais ça mériterait un autre lac Lalo ces histoires que personnes ne veut entendre sur une terre de foi de foin aussi malgré les fruits gentils comme Kib il va finir par se barrer l'homme épris de fini donc de tout de suite donc de présent donc du don de soi laissons-tu cela l'ami oui on va le méliorer c'est capitable mec je sais mais où est là l'eau euh l'ah l'euh l'oh est au bout de son septième tour du lac on dirait un petit pois se dirigeant vers le bois menu où la voie formant déviation le mène bien vers sa propre tente et à côté Kib montant une seconde tente en superposition de la sienne toute ronde et haute on y tient debout ainsi qu'une tour circulaire dominant le lac élévation de logements à fonctions humaines bien que leur taille soit très différente pour Lalo et Sissi c'est une tente qui cristallise le présent aussi la jolie parvenue quitte la grue d'où Lalo lui aussi avait précipité le conjoint et qu'on avait cru ensuite qu'il était fou tu parles si on ne peut plus se montrer fort de temps en temps il s'assied sur son rocher au pied du lac si minuscule qu'on n'y ferait pas flotter un univers et observant Kib affairée à replanter le décor songe à l'unicité d'un acte elle plante la tente à côté de lui elle est unique à faire cela à ce moment-là devant lui mais dix autres cent autres filles sans doute plantent une tente en d'autres lieux au bord d'autres lacs en face de nouveaux voisins sur des campings suant de propos obscènes est-ce important que mille autres personnes plantent mille autres tentes à ce moment-là et si l'on veut bien se dire que ce moment-là se répète tous les jours voire toutes les minutes de chaque jour cela fait un total effarant de tentes et de filles les plantant sans parler des garçons faisant la même chose ou bien achetant du lait de l'alcool des biscottes pour chaque acte imaginé il se trouve des milliers d'individus les effectuant en même temps n'est-ce pas absurde dans ce cas saluer ou pas quelle différence se lier aimer ou haïr tuer ou secourir quelle valeur ont ces actions devant l'innombrable l'infiniment semblable et pourtant l'on choisit chaque jour un et une plutôt que tous le reste des millions et l'on en est satisfait même moi s'avoue Lalo sur son rocher encore plus petit tout comme le lac entrons dans la chambre tentée où l'on se douche dans un coin sombre cependant que Kib chantonne un tube planétaire je me remets de la voie vraie hompil homplu je revré meuh pikefro pikagol une ritournelle que tout le monde chansera dans un jour de piste le succès sera immédiat l'unicité de la talentueuse vie de Kib réchappée de divers attentats ennuyeux même Chomba avait voulu qu'elle posât pour lui peintre parfois sous l'eau à l'abri des regards peu conformes à ses bourdons de lumière vive un peu pigmentée de sel au rayon peinture un panneau propose vous utilisez beaucoup de rouge pensez à vous faire menstrualiser vu dans un magasin de bricolage dont le créateur est si sot qu'il ignore comment on abrège monsieur et truffe ainsi d'une faute énorme les paysages d'enseignes imbéciles que Lalo passait son temps à viser depuis sa grue chargée en arbalète grue d'où descend Sissi car la copine Lamich vient d'arriver pour le thé et il faut regagner la tour y culminer mettre l'eau savoir qui veut du sucre se persuader qu'un goûter réussi se passe de silence venez on va s'installer au balcon ouah de là-haut tu vois tout le lac espèce de garce s'écrie Lamich une fois juchée sur la ballustrade comme un perroquet bagué oui c'est vrai ma petite moule fait Sissi en bavant contre le visage de son invitée une coutume et sinon un rite d'initiation à la vie en altitude car le mélange de salives et de sucs fait économiser des dizaines des jours d'approche en accroissant les chances d'union fraîche et franche ha l'envol fraternisant l'envoi l'envie de ne pas prendre de sucre Lamich la tente et les deux soucoupes femmes rosément s'asseoient au balcon voient le lac tout en bas on le dirait à peine plus grand qu'un chou s'écrie Sissi mais nan t'es bête toi depuis aujourd'hui il est vraiment petit comme un grain de riz rond fait Lamich impatientée hé minute poulette dit Sissi en replaçant sa mèche de cheveux bière blonde si ce que tu baves est exact alors nous d'ici on devrait le voir gros comme une moins que tête d'épingle bah toi tu vas pas me les gonfler hein réplique Lamich et elle évoque gros boubou qui chifflait dans son fêchu si jamais sa mie loupoulait le train partonnerrez ce potage mais on a l'énigmathèque pour la matinée alors il faut bien faire quelques loopings tandis que les gousses trinquent au balcon Lalo se repose sous la tente où Kib termine de recopier sa discographie un seul titre pour le moment mais quelle bombe pikagol revré l'album qu'inconsciemment on va tous démembrer entre nos oreilles munies de pinces de crabes amis de Chomba le marin procédant à un tour complet du lac reprenant peu à peu sa forme d'origine Chomba étirant les rives regagnant les plages retrouvant les profondeurs le temps réel de cette opération sera de deux mois mais afin de ne lasser personne il a été décidé d'accélérer le procédé ainsi du haut de la tour en orties servant à faire un thé piquant de vérité Sissi et Lamich voient ensemble que le lac a regrandi et Chomba y fait des tours comme une boisson dans l'eau d'un sirop poreux laissant passer les bouchons de pêcheurs saisonniers t'as vu coquine je te l'avais dit dit une des deux à l'autre on s'en fout de savoir laquelle car entre personnes adeptes du jetelavaidisme il n'importe pas de préciser d'où vient la salve du moment qu'elle peut être prononcée régulièrement je te l'avais dit rétorque la seconde en insistant sur le je l'intonation est différente un art que l'on met une vie à parfaire des concours ont lieu chaque jour sur la planète rendant envieux les kilouriennais et leur sens absolu de la justesse au détriment du crépage de chignons au beurre salé un quatre quarts est proposé avec le thé Lamich accepte en rotant et Sissi de gober l'effluve distante en façon de carpe tu me plais toi dit-elle et elle dit aussi toi aussi tu me plais les deux vont au salon le fauteuil est levé éventré des flocons de mousse quand à deux elles unissent leurs lèvres en pudding élastique la ligne plane les oscillations sur un écran orange bordé de vert le cadre en aluminium doré dont on emballe les chocolats à fort pourcentage de moutons comptés cocoalla mou mouton mous moutons mous et molles tiques dans les airs voletiquent voletiquent molles tiques dans les airs c'est la fin du printemps prunté prouti monsieur le banquier crève la main dans son slip de billets dit Lalo à Kib afin de la préparer au pire de sa carrière peuh mon chéri on va les évincer ces émincés de monnaie de papier valorisé par des ronds-de-cuir par tous les foins je vous demande de me faire taire a dit un promeneur au bord du lac en constant étirement lorsqu'un flash d'informatooing lui apprend que cette année l'été sera sauté afin de réaligner le labeur loyal et les congés pédestres une loi de fiancés goujats qu'effoula le perron tétinier puis il s'endormit en face de la chambre ronde et Lalo épuisé lui aussi par sept tours de lac et une parenthèse orange ne répliqua rien et fit de même dans les bras de laquelle Fayl ou Kib si l'Odegnou ne meurt le petit train fantôme continue de tourner autour du lac réagrandi laissant des traces de ceux de celles qui ont été connu de Lalo et d'autres aussi sans doute mais en vertu du principe d'unicité c'est ici seulement le point de vue de Lalo qui nous émeut quant à savoir si cela présente un sens quelconque d'éclairer aussi chichement une seule facette d'existence à travers quelques personnes aux identités humblement évoquées avec tous leurs travers et leur lubricité c'est une question qu'il vaut mieux poser aux mangeurs de frites et prendre comme exemple Lamich et Sissi jouisseuses du balcon au salon ignorant jusqu'à l'ellipse de l'été tant les langues ont eu à cœur d'excaver de polir de rebrousser d'épicer de piller jusqu'à l'automne où du lac les bords ont disparu constate au lever Lalo l'opération s'est faite en douceur chaque jour l'étendue s'est confirmée Chomba désormais nage vers un horizon infini à peu près situé à l'endroit des jeux pour les nifants ça peut sembler raide mais Lamich s'est vite lassée des avances de Sissi et revenue à son gros poisson lui prodigue d'étranges caresses au restaurant où il va parfois Lalo dit qu'il aime carrément les gens mais ne sait pas comment le leur dire le temps est incertain ce matin Kib est toujours là à inonder d'amour ce coureur qu'elle doit bientôt faire rentrer sur kilourien l'escale a trop duré évacuée la menace de Doktar peut resurgir sous une autre forme et quand Lalo dit je m'éterniserai bien ici la machine qu'est Kib en perd ses transistors car elle est un robot conçu sur kilourien afin de surveiller Lalo et par tous les moyens le ramener là-haut afin qu'il raconte aux siens que courir est un moyen d'écouter de la musique et de suçoter des bouts de ficelle tendue à se rompre c'est aussi oublier le canevas c'est exister c'est croire à des formes magiques c'est être triste aussi et n'en accabler personne d'autre tout cela est inconcevable sur sa planète orangée où tout persiste tout le temps et toujours où les gens piétinent dans le bonheur où l'œil ne sait pas trier le beau du laid où le sexe bouge sur tout ce qui tire où l'ordre est tellement naturel qu'il en devient inutile et chaque jour menace d'être en effet le plus beau mais qu'est-ce que le beau s'il ne fait que succéder au beau que sont ces pensées et qui les émet Kib est-elle en état de les interpréter Lalo mon chiffon maintenant il faut rentrer mais lui en vérité a vite repéré la faille et sa biquette peut bien ressembler à s'y méprendre à une fille de terre le jour où il a compris qu'elle n'était qu'un amas de ferraille une savante experte et glutonne oui da j'ai bien failli la dégommer confiait-il hier soir au restaurant où Sissi était de service il lui a même présenté des excuses tu te rends compte Lalo y aller mollo reconquérir la fille locale après le travail il l'a invitée à boire un choco en fumant une cigarette je m'en veux de t'avoir laissée filer tu sais et aussi j'aurais pas dû évincer tous ces gens que j'aimais la plupart du temps quelle chienne cette kilouplanète j'en sors à peine et emmène-moi sur ta planète Lalochou moi j'y retourne pas ce robot m'a fait croire des trucs tu comprends fille ça m'a fait du bien de te parler si si je te remercie à présent je sais ce que je dois faire alors je te dis bises et à plus c'est comme ça qu'on dit hein non on ne va pas faire la moue mais promis je reviendrai te voir ma grutière à saucer se souvient Lalo en ce matin d'automne devant le lac sans contour infini de sable indéfinissable Kib dort dans la tente de plus amples renseignements cosmiques on sait qu'au jeu du train fantôme tous ont perdu et Lamich et Chomba ont fini par prendre le large loin derrière les attractions colorées après la jetée disparue sous l'élévation du niveau d'eau ainsi vécut au pied d'un lac le bien nommé Lalo dont la tente a fini par s'envoler et lui de s'en retourner sur kilourien enfin tout ça c'est de la blague si l'on n'évoque pas le dernier tour de ce lac fréquenté toute l'année par les kilouriennais célèbre pour ses poissons intelligents et ce campeur qui croit qu'on l'a dépêché sur une planète de terre et de bleu et conduisant une grue et s'éprenant d'un robot aux pattes de chair et mangeant des conserves et fumant des poisons avec une autre serveuse automate et sous un dôme qu'il appelle tente puis chambre puis parking au chien crevé le voir courir faire des ronds sur quelque dix mètres carrés ça les kilouriennais en raffolent une attraction à faire rire les plus fatigués après une journée de travail aux mines d'or on a des idées comme ça silence taisez-vous chopez un siège et voyez le spécimen réchauffer son caoua lacer ses chaussures se préparer à