Au lac, Lalo.

flèche
 

Lalo 1

Au lac, Lalo fait le tour en courant
des suites de caractères diminuent
s'éteignent au moment où l'on ne s'y attend plus
le spectateur veut voir
la salle de projection où les matins se déroulent

il n'est pas pressé va deux fois plus vite qu'un marcheur
trois fois qu'une mère et sa poussette
quatre fois que la fatigue à tout fêler
deux fois moins qu'un coureur entraîné
trois fois moins vite qu'un cheval au galop

insensée sur l'écran la mêlée se débouche
le long de la ligne blanche
poussée de comparaisons on obtient des insectes
un chien courant là-bas
l'inévitable escargot

début de mélange vers le lac est un circuit d'autos
une piste où faire chanter son cœur
au passage d'objets en gruyère
cloches de verre reliques hachées
ouvrir la portière de la lande

palpiter en file indienne
bourrer la pute chutée de trente étages
adopter le chant troué
se laisser faire au lac infini
la capture sentirait cela

les yeux qu'il croise sont une promesse de contour
un exercice où le partage est entrevu sans soutien
ne pas perdre de vue la cadence
effleurer la résistance
respirer à merveille

l'océan l'automne pour le tour
aligner les mètres droit devant
il fléchit sous les globules agglomérés de laine
des plaques de glace flottent disjointes
l'envie d'aller plus loin

il scande à haute voix sa meilleure boucle
son bonnet récolte des gouttes de sang
la mémoire a perdu
laisse pousser du gazon germant aussitôt
bouts entiers de lac tapissés de vert

les nuages ont été heurtés par un camion de neige
en ravitaillement au lac où l'on entame le risque
à héler les véhicules lents
s'allonger devant eux
noyaux de chocolat

après étalonnage l'empreinte fait fiasco
diluer davantage le goût du public
obtempérer tout va bien
on est en confiance
en vision

il s'oublie devant le spectacle d'un stylo enroué
se rase en écoutant des cassettes à bande magnétique
il aime son manteau en un clin d'œil
un peu absent au sommet de cette grue
à rêver d'être digne

un passé un socle où se reposer parfois
une assise révélant son transport
on ne s'arrête pas à des cambriolages en rase campagne
le regard masqué de bouc
bas l'hiver né

le coureur parle haut je n'ai pas toujours été gentil
la figure rougie de caillots
croise une promeneuse au lieu dit du bois menu
en la capture à proprement parler
passage vite passé

attraper un micro au bar où il brique son chandail
moins venté qu'au bord du cours d'eau
entendre à l'aide se retourner
comprendre la détresse
refuser l'accès du lac

la femme butine des parcelles d'air entre les dents
à l'ombre en été et l'hiver sans vent
agréable le long des joues
la lumière qui passe à travers son nez
sourire à l'œil

la capture n'est plus dans le champ du coureur
il s'arrête aussitôt
le bonnet rivé sur son crâne coché de vin
un réflexe et une question peut-on dégouliner
le film est en apnée

elle dévie vers le ruisseau
manque de peu le petit pont tombe dans l'eau froide
la couche gelée cède sous ses fesses
écho seulement perçu par lui
les lunettes ricochent se brisent au contact d'un rocher

on accélère du haut de la tour en orties
garer la maladie le mal aux titis
c'est des bouts de corps sont froids sans raison
seul son cœur bat encore
le con d'organe

lire un livre en poussant de légers aboiements
plonger dans chaque mot de chaque phrase
de chaque page
un instant d'oiseau à la place de l'oubli
les petits voulaient voir le texte en ligne

il traverse le bois menu
la fille aux genoux est dans l'eau
il aime le sport et s'assied devant les nouilles fraîches
se donne au voleur évacue le monstre marin
trouve son rythme et lui parle sans s'essouffler

il demande ce que fait son ombre à califourchon
voit le spécimen réchauffer son caoua
lace ses chaussures
se prépare à crier de surprise
désire louer une blanche à voile

faire rire les fatigués
après une journée de loisir à la mine d'or
le ruisseau moins profond qu'une hauteur de bouteille
la vue d'une femme au bois velu
on a des idées comme ça

tenez chopez un siège
oui c'est merde sous un dôme qu'il appelle tente
puis chambre puis parking au chien crevé
fumer des poisons avec personne
avec une serveuse automate qui sort de sa bouche

à cet instant il est déjà loin du bois
des écouteurs sur les oreilles
la musique d'un bongo rangé des conserves
lui ne s'est pas réchauffé
rester concentré

il aurait voulu s'éprendre d'un robot aux pattes de chair
ou encore conduire une grue
ne pas déjà chevaucher la route d'un possible bassin
à malaxer en soirée
son visage repousse à chaque tour

ce campeur croit qu'on l'a dépêché sur une planète
au lac où il habite à l'année
c'est bien de savoir où sont les gens qu'on peut rencontrer
voire tout vouloir
il a trop soif dans ce train

les dormeurs pleurent toute l'année
les rides de la chanteuse sans chantier
au final on la remercie
ça donne à bientôt
tout ça c'est de la blague

évoquons ce lac fréquenté par le mensonge
sur son cévé des poses minables
elle quitte son siège longe l'allée c'est pas occupé
son fond d'étoile brille sans rature
avant de se vider dans les vécés métallisés

la tente a fini par s'envoler
coiffé d'une tasse de sang
le coureur croque du sucre forain
la nuit dernière il a eu si froid
sans couverture pour isoler son trou au cœur

il a pris le large
loin derrière les attractions colorées
après la jetée disparue sous l'élévation du niveau d'eau
ainsi vécut-il au pied d'un lac gelé
entouré de peu d'amateurs

il arrive au promontoire artificiel
on se perd dans un train fantôme
selon d'amples renseignements
l'été des visiteurs y trempent le corps
là un clébard dont on repousse la tonte

résidu vivant
son regard dort de sable indéfini
passer l'hiver au lac sans contour
masqué de boucles
suivi par son maître au chapeau dégagé

je reviendrai voir ma grutière à saucer
il se souvient de ce matin d'avant
la figure bien le teint promis
à plus c'est comme ça qu'on dit
on ne va pas faire la moue écarlate

il pisse de la libre sueur
pour l'avoir déjà croisée en courant
emmène-moi sur ta planète
moi je n'y retourne pas
ce robot m'a fait croire des trucs

fille ça m'a fait du bien de te parler
et je t'en remercie
je te fais tant de bises
ne rien remarquer
laisser l'isolé rattraper son chien

ses pieds froissent le chemin
deux kilomètres circonférant au lac son intérêt sportif
ovale à vue de nez
la tournée recommencée
c'est rare ceux qui tiennent sans baliser

une pilule à prendre
un morceau de viande
des livres effervescents
élus pour buller
il n'aurait pas dû manger tant d'abats

au travail il l'a invitée à boire un chocolat
fumer une cigarette je m'en veux de t'avoir laissé filer
un médecin générique fonce à vélo
sa version du parcours dans une poche
un fruit du jambon dans l'autre

je vais la dégommer confiait-il au restaurant
y aller mollo reconquérir ma localité
comme du beurre dans du pain
le glouton pédale
se gare au bois menu c'est moins venté

un jour il a compris qu'elle était un amas de ferraille
une experte entend à l'aide au bord du cours d'eau
sa biquette lui ressemble à s'y méprendre
il se retourne devant sa tente
mon chiffon il faut rentrer

le docteur secourt la dame aux pieds dans l'eau
les réchauffe mangez mon cochon
en pensée le beau succède au gras
qu'est-ce que tenez de l'eau
chaque jour menace d'être le plus réussi

le coureur est dépassé par le bonheur
au lieu où la glace défrise l'envie de dormir
je la voulais
l'oreiller frimeur dépasse le couple à peine formé
dans un ordre naturel

elle était à moi
le sexe bouge pendant la phase d'approche
nage brossée cage dix fois cent fois oui
car femmes font cette même chose
ou bien achètent du lait des biscottes

les blocs de demain sont flous
les poux des petits ont une voix de rose
le passeur est en retard
les canards tirent la langue au gardien du phare
j'ai envie de ne pas prendre de sucre

les cheveux du coureur en herbe
les chats châtrés les guêpes embaumées
une gamine soupèse ses maux de poids
les chocolats à fort pourcentage
faim de non recevoir

la course autour du lac rétrécissant
au choix du cœur du corps du souffle
le gras disparaît derrière une porte enrobée
où l'œil ne sait pas trier
des vies découpées en morts chauds

le docteur piétine à bord de l'avion
survole le plan d'eau
trace en décalque un mouton en forme de nuage
au pré si pi vaut tant
que devient le bonnet rouge

rien n'est inconcevable sur la planète orange
fondu au noir accablant
l'écran un moment muet
trop persiste
tout étau

le canevas c'est croire à des formes magiques
c'est être triste
une éternité aux personnes assises dans la salle
exister c'est suçoter des bouts de ficelle
en chambre

retour à l'éclairage ambiant
ce matin l'opérateur a senti des réactions inhabituelles
l'entracte en principe plus tard
que signifie ceci demande un spectateur
comment dire


Lalo 2

le temps se lève incertain
à trop inonder ce coureur
le projectionniste sort de la cabine
satisfait de son effet domine la salle molle
impatientée

la femme revient à son gros poisson
lui prodigue des caresses au restaurant
où il dit qu'il aime carrément les gens
elle contient son enthousiasme
lassée d'avances

du balcon au salon on ignore l'ellipse de l'été
madame nage à l'endroit vers l'horizon
il descend sans presser le pas
jusqu'à l'automne où du lac les bords ont disparu
vers la première empreinte

les langues ont à cœur d'excaver
lui s'est assis en face d'un sourire barré
éclairer une facette d'ordinaire plutôt calme
quant à savoir si cela présente un sens quelconque
c'est oui en vertu du principe d'unicité

depuis la pause elle n'en peut plus de lisser son pantalon
trépigne dans des abîmes insolubles de tissu
le train fantôme continue de tourner autour du lac
laisse des traces en les agrandissant
de ceux qui ont vécu

ce que nous venons de voir ne ressemble à rien de connu
même dans les bras de celui qui forme un triangle
elle s'est levée à côté de lui
ils n'ont pas renoncé
s'embrassent dans le plus parfait désordre

le protocole précède l'amour
ces émincés de papier mon chéri
on va les brutaliser
sur cet écran que nous regardons au matin
afin de réaligner la pioche

je vous demande de me faire taire a dit le promeneur
en se préparant au pire de sa carrière
on comprend l'enjeu de ce qui vient d'apparaître
le banquier crève la main dans son slip de billets
cette année l'été sera sauté

molles tiques dans les airs volent tiquent volent tiquent
l'aluminium doré dont on emballe les cachalots
doutes foulent le fauteuil éventré
flocons moussent
congratulations

au salon elle dit toi aussi tu me plais
lèvres à rebord unies
il gobe la distance en façon de carpe
le souffle court
tu me plais dit-il

ses doigts s'agitent autour de son visage
comme pour illustrer une pluie de sons précieux
la justesse au détriment du crêpage de chignon
les oreilles mes amis
mettre en images la trace mnésique

l'intonation est un art que l'on met une vie à parfaire
des concours ont lieu chaque jour
la recherche suit son chemin
fruit de l'ouvrage de savants souterrains
tenus au secret

ce matin dans la salle de projection
les images se sont mises à bouger
comme des glaçons dans l'eau d'un sirop
accompagnées de sons audibles
humains pour ne pas dire

le lac a grandi
il n'a pas dormi de la nuit
l'ortie sert à faire un thé piquant de vérité
les yeux rougis
on accélère la décoction

faire un tour complet
étirer les rives entre nos oreilles munies de pinces
trouver la profondeur en conservant la foi
selon les compétences de chacun
découvreur privilégié regagnant la plage

lui capte vite
sous la tente termine de recopier sa discographie
quelques loopings
au balcon les gousses trinquent
lui dépiaute lui réassemble

les images collectées suivent un procédé évolué
alliant rigueur intuition
et loupiote
j'ai bien failli vous réveiller fait-il en reposant son verre
pourvoyeur de forme en train de nuit

ces suites de mots jaillies d'entre les mouvements
épuisé par la routine
je ne les ai entendues qu'à la fin
si ce qu'on bave est exact le coureur se repose peu
il est vraiment fin comme un grain de riz

les soucoupes s'assoient au balcon
femmes rosées voient le lac tout en bas
lui veut qu'on le laisse dormir
s'allonge sur un banc bouleversant
en nougat croquant

une fois à abri les cocos s'en donnent à fendre bûche
usagers du lac se mêlant à rebours au coureur
ordre et bordel conversent dans une pièce carrée
deux fauteuils soudés comme un serpent
les vacances servent à ça mon chou

les vaches étaient ici avant le creusement du lac
les voir apparaître et paître
de la salive aux sourcils
je suppose que la vie en altitude ne s'arrête pas là
pouvons-nous enchaîner

le spectateur pose son verre sur la moquette
aux ordres de l'écran préféré
fixé à la balustrade comme un perroquet bagué
ses veines ont la chance d'être pleines de jus
c'est vrai fait-il en palpitant

tu nous fais languir
on veut le lac et savoir qui prend du sucre
la tour y culminer
s'installer au balcon et de là-haut voir tout
à trop faire de la pâte d'yeux on s'endort

les lumières s'éteignent d'un coup
sur l'écran débordant de cheveux
en bons chercheurs poursuivons le visionnage
la plaine est à moitié bouteille
une vue mnésique doit être essuyée dans son entier

s'enfoncer dans son fauteuil
les lèvres mordillées
viser les paysages d'enseignes imbéciles
depuis la grue chargée en arbalète
pressée par un étau suivi de cet étau ce même étau

l'ennui la pose du peintre
les bourdons de lumière
pensez à vous faire menstrualiser
au rayon peinture rouge à crédit
d'un magasin mal écrit

succès sur la piste de cirque
sous la tente où l'on se douche dans un coin sombre
la fille chantonne un tube planétaire
dans le train elle n'a pas retrouvé son micro
entre au lac comme si c'était un wagon

dans sa tête le coureur est assis sur son rocher
comme quand on ne sait plus où l'on a garé sa voiture
une plutôt que toutes les autres
je crois qu'on a volé votre bagage lance un voyageur
il est parti par là

pour chaque acte imaginé
des milliers d'individus l'effectuent en même temps
alors se lier aimer ou haïr
tuer ou secourir
quelle valeur ont ces actions devant l'infiniment semblable

vous rigolez on achète du lait des biscottes
de l'alcool des bises
on ne peut pas être original
répond la chanteuse en module court
songeant à l'unicité d'un acte

il arrive en courant à la jetée
où le chien suit son maître suit son chien
esquissent une ronde à qui de l'autre reniflera le cul
le coureur frôle ce cercle
au pied du lac si large qu'un monstre flotte

on arrive au coffre à fond percé du train
la fille quitte la grue d'où il avait précipité sa femme
on avait cru qu'il était fou
si on ne peut plus être créatif
le convoi s'éloigne souillé de pelures

au lac une élévation de logements taillés pour l'homme
on y tient debout ainsi qu'une tour circulaire
un rêve béton pour le voleur de micro
le bois menu où se dirige un petit pois
comme un con

courir est un moyen d'écouter la chanteuse
s'écarter de la voie où d'autres trains souhaitent passer
je crois que tu m'entends mon absente
mon amour de la loi votre horreur
c'est pas lui c'est moi

l'homme épris de fini
donc de présent donc du don de soi
va finir par se barrer tout de suite
sur sa planète on sait se tenir
nul besoin de pouvoir ou de magie

il manque d'air essuie la sueur à son front
se range du côté où le ballast devient talus
le dévale pendant qu'il est joli
repositionne sa casquette
après soi tout s'arrête ni succès ni succession

on se rapproche du bois menu
en espérant que la fille aux genoux y soit encore
avec un docteur ou toute profession inspirant l'étude
sur un col d'amour montagnard
un train touristique à circulation fantôme

le coureur avale les mètres d'huile de jambe
la chute de sa femme a aplati la route
un flocon vient d'atterrir sur sa main
degré zéro de la course hivernale
souffle métronomique

les plaques de glace engazonnées se recouvrent de neige
les flancs d'arbres plantés le long de la promenade
les amoureux menés au cœur de troncs épais
leurs pieds touchant terre
font un tour sur eux-mêmes

elle pense à lui
vont-ils s'aimer comme des loups odoriférants
une autre possibilité serait géniale
replanter le dôme le long du chemin
il évoque une nouvelle tente

côté lac c'est sec
on croirait une éponge malade
quand il traverse le bois où sont le docteur la fille
au sol les bancs sont blancs
loin devant une silhouette apparaît de dos

mes pas ne dupliquent aucune démarche
songe-t-il devant une répétition de pattes d'oiseau
la fille respire comme il dépasse l'enclos
cette vision urbaine de lui en elle ça l'aide
elle l'aime et l'acidifie

l'escroc du train s'est modifié en voleur de sons
grand rival de la banlieue dont il a gainé l'escalier
au fond d'un chantier troué
lui rit de maquiller la collision coton
la grue en pointillés

il neige en rideau tendu vers la dame à robe noire
capuche en triangle relevée sur une tête d'idées à égrener
chacun défend son bloc mou
au lieu d'appeler la sensation
sous le choc de dents ne mordant plus

les vaches au pilori
il la connaît et se réjouit d'en frôler le pli
donnez-moi l'inflexible nouveauté
le pas de course favorise puis élimine tout rapprochement
incessamment

l'épanouissement de deux êtres complexes est impossible
il aime être en bouclage de soi
ne plus toucher aux poules que pour rire
le visage rose la tempe blanchie
il salive en veine de courir aussi bien

l'évidence renaît
tout devient cible
le col de montagne où l'orage s'est dilaté
après avoir doublé le maître et son chien
une pente vers la femme à cape lente

en apparence presque à l'arrêt
le coureur plastronne le long d'une droite
dodeline du dos
l'air entre en lui au maximum après on a l'enclos de l'âne
le temps d'un tracé se réaligner vers la boucle

la fille en bure
le chien énervé par le dépassement surprise
son maître que fatiguent les pitreries des sportifs
leur odeur de pisse excitant tout le plan d'eau
la gosse aussi sent bon

le corps a ses humeurs
viscosités coulant de source
les narines du chien ne jouent pas au dé
si l'homme savait apprécier ce qu'il sent
le parfum deviendrait inutile

mèches de sueur traînent derrière lui
glaviots expulsés de lèvres gercées
la langue sèche
il a sans raison envie d'enculer la princesse
et elle aussi

le baladeur infuse un bout de piano remuant
gavé de rapides
la fille est en matière de terre
là l'eau reflète un crachat d'homme aveugle
en repères de neige vectorisée

sera-t-il un jour capable de rentrer chez lui
franchir la nuit d'ombres
quand sa planète exigera des nœuds à ses oreilles
au bois menu rien à signaler
cela n'intéresse même plus les fruits

le couple a commencé sa descente vers les blocs de graisse
depuis la grue on les voit
l'étalage de positions lisses
il songe qu'elle court à côté de lui
lorsque leurs bouches se joignent

le coureur émet un peu de liqueur
la promptitude des nerfs reproducteurs
laisse pisser son poteau la fille l'enlace
croise flatte embrasse
ça chante sous leurs doigts

sens-moi cette fouine pâmée
trop belle pour être fausse
il s'éprend immédiatement de l'apparition
une femme aime l'être-là
c'est lui venu de loin pour ressentir quoi que ce soit

au contact des tissus il frôle le déballage
lui dont l'anorexie passe par l'économie du verbe
il faut manger un peu même si on n'aime pas ça
la foire humaine humide de ses mensonges
la fin de la raison ambiante

les lumières de la salle se rallument en doux tons
personne n'a quitté son siège
c'est magnifique dit un spectateur
mieux qu'une abomination
nous vivons un moment d'histoire


Lalo 3

un train miniature fera le tour du lac
lorsque celui-ci aura suffisamment réduit
vie ferrée
la nouvelle jetée est digne d'une crique
précipice devant nous

on planche surplombés de soleil
non seulement les vues continuent de s'animer
et le son d'en éclairer le sens
mais une forme de narration semble se faire jour
loin du flot habituel d'images floues

entourés d'une haie de mouvements
le coureur et la miche jouent à débouler
en se doublant c'est à qui sera le dernier
finissent par grimper un chemin de fort dénivelé
étonnés de pénétrer une voie aussi étroite

le lac est muni de vagues empesées
où la ligne courbe mène au tout à l'égout
la force du temps superposé
conforme aux envies d'amis donnés
leurs chemises rapiécées au pressing

le crochet au bout du câble
le long du treuil agrippe la route
soulève la cuvette tout s'envoie en l'air
traînées de lumière au sentier maritime
chevelure laquée

parfois ils ne rêvent pas
la première empreinte a été capturée
en haut d'une tour à peine dépassée par une grue
avec des visages et des objets
grue sur le point de niveler le lac

la fille au cul fourré est réjouie
on se croirait au cinéma
le coureur aussi est content
tant sa grosse boîte emmagasinait
en courant

le capteur s'efforce de trouver des têtes nouvelles
des jours à rester immobile
un espion de banlieue une chanteuse bannie
une princesses pleine de crème
il n'y a pas de règle

on est loin du diaporama des débuts
le pâté de canard au poivre vert
le coup de rouge
la pie voleuse de lunettes
le parking dévalisé

la découverte devient accessible
chacun saisit ce qui se déroule à l'écran
le puzzle arrivant par fragments parlants
l'étendue à la manière d'un film enfantin
ne piquant pas les yeux

la chambre carrée est tapissée de tisane
où les aliénés sont à cheval
boivent des limonades
avant de sauter par la fenêtre
liquides

au petit bois des employés municipaux
mettent sous verre des cadavres
cloches malentendues
ceci se répète tous les jours à heure fixe
c'est à qui de faire la vaisselle

formes et couleurs mélangées
une mémoire concrète rejaillit
trames sensibles recollées sur une pellicule à l'ancienne
il se voit devant lui en train de courir
avec une paire de ciseaux

à peine sorti de prison le coureur acheta le lac
empruntant des voies de piétons ayant été ici
agenouillés dans une flaque
devant leur reflet
le long de la sandalette d'autoroute

la superposition de tous les bancs tous les vélos les chiens
les landaus toutes les mamans les chaussons les pirates
tous les cadres en pause déjeuner les manches de pioche
tous les docteurs les ânes tous les nez toutes les routes
à cause de puissants ordinateurs

la course est un sac minuté de pétoncles
que les chercheurs passent leur temps à décortiquer
les pieds dans leurs babouches au fromage
il existe une mémoire universelle
conservant la trace du moindre mouvement

privée de sa boîte ressemblant à un micro
la dame au capuchon sur la tête se soulage
débraillée à côté de l'enclos
coulée nue
l'âne aime ses bruits de framboise

courir fait bander
courir c'est courir c'est courir courir
c'est ignorer
il n'a jamais été question pour celui qui court
de ne pas courir

je rentre dit le propriétaire du chien à renverser
en s'écartant légèrement de la princesse
dont le lieu culte a été rebaptisé grotte
par un cure raie allant à l'aiguise le dimanche
à balai

à l'école les livres jouent gentiment le jeu
l'homme ce chien ayant dominé son envie de jouir
sauf quand ça presse alors il court vers l'âne
son estomac charme l'espace
salut à toi dans du foin dit-il en venant

domptez-moi encore lance la dame en noir
à la faveur d'une connerie que l'on nomme amour
le coureur continue vers la jetée
où flotte un monstre à mailles marines
ne créditant aucune hypothèse surnaturelle

trop tôt pour communiquer la nouvelle
l'empreinte doit être considérée dans son ensemble
et si personne n'ose poser les vraies questions
c'est afin de les mouliner encore un peu pour soi
bien au chaud dans son cinéma de poche

avons isolé empreinte mnésique dira le télégramme
serons bientôt capables de dater tout événement
passé présent et foutu
le projectionniste réprime un bâillement
reprenons voulez-vous

l'éclairage décroît doux
le retour au noir s'accompagne d'un fredonnement
comme un générique à trompettes précédant l'aventure
des arbres sur l'écran enrobent un petit cours d'eau
le lac a perdu de son embonpoint

pieds frottés dans du gravier
pierres sonores dégoulinant des enceintes
le cerveau du coureur est vêtu d'un short moulant
la musique techno l'irrigue
il s'y prend les pieds

on a le genre l'espèce
le truc là qui s'est mis sur deux pattes
avec son pouce libéré de la course à la survie
capable alors de construire des outils sans camisole
l'idiot du village quoi

à la jetée le coureur donne des cachets aux bébés poissons
il négocie le virage vers les jeux d'enfants
des constructions nettoyées quotidiennement
dangereusement lisses
les mamans sont à poney sur l'hygiène

les foulées s'enchaînent
la ligne plane en perspective
il passe devant les portiques mous
aime cet entre-deux
rajuste ses œillères

un isolement grandissant
de nature à se faire enfermer
une fois réduit à l'inconséquence des gagneurs
mais nous ne parions pas sur eux
car jouer provoque des dépendances

il fait doux quoique brisant
moins vaste le lac va plus vite
faire des ronds être sifflé
repartir à la même vitesse
d'une course en amateur

à l'âne enclos
la fille en cape donne des carottes en conserve
la boîte fixée sur sa paume à plat
ses cheveux blonds sont deux fois gras
la bouclée bouclée

il avale cette image en savonnant ses yeux
pique un sprint inexpliqué loin de sa femme
la grue déchargeant sur elle des tonnes de briques
avant d'atterrir parmi les citrouilles défaillantes
petite embrouille

l'irresponsabilité admise en comprimés
administrés fixement midi pile pour le gros rond
pas cracher pas garder collé au palais
à plus je vais habiter un ovale aux quatre saisons
et puis courir autour

la naissance du coureur c'est quitter le musée des vivants
qu'il vente ou rage planter sa tente au pied d'un lac
plonger sous le sable
loin du soleil de l'asile
emporter sa compagne à voix rauque

le preneur de sons a loupé l'homme aux pilons de poulet
reniflé trop tard les effluves sudoripares
assoupi sur son banc truffé de micros
le petit bois s'éloigne
lieu de passage des guérisons

le coureur croise la fille d'avant le lac
il a un trou de mémoire ne me dites rien
elle trouve qu'il a les idées carrées comme sa chambre
carrée tu es drôle dit-il
ma tente est ronde de quelle chambre parles-tu

il a détricoté les barbelés du capiton
tiré la langue au gardien de phare
la course à pied possède de telles vertus
grâce à l'endorphine ou sœur de cervelle
une idée se fixe plus sûre que les autres

le chien du tour est sur le béton
rouge tout allongé
éventré par un véhicule l'ayant ramené vers l'eau
nous on était en train de rentrer à la maison
rapporte son maître devant la foule hérissée

le coureur sent l'inutile l'envahir au bord du plan
s'évade en regrettant le monde
monde sans lequel il ne serait rien
un hasard qu'il soit né ait grandi développé son cœur
ses mollets son désir de courir plus vite que le voisin

lui l'aimable grutier
lui l'ami des oiseaux
elle était partie avant il n'a pas grimpé là-haut
côté chien l'écraseur involontaire se confond en excuses
ne se plaint pas pour la roue voilée de son vélo

je dois m'échapper de l'asile je veux habiter au pied d'un lac
je vais tuer ma femme je veux le lac je quitte l'asile je la tue
loin de l'asile le lac et elle en moins
lac femme asile
trois idées tournent en boucle

un rien relance ou achève
il continue de courir vers l'âne
ronchonne contre l'injustice
le souffle court réclame une balance équilibrée
rien qu'une fois autre chose que l'aléa

sa fiancée dont il voit la cape noire traîner
perd l'équilibre sur le talus de gazon
les jambes en l'air saupoudrées de neige
la renvoient le temps d'un sprint éclair
dans la tente du coureur

il ne cherche pas à la rattraper
passe devant sa maison de toile sans s'arrêter
dix cent mille autres filles sont dans d'autres tentes
au bord d'autres lacs
rien d'original

dérivant et non imposable
son tour du lac est unique
un petit bois une aire de jeux une jetée
une tente avec l'idée d'une fille dedans
font naître en bouche un goût de citron

quelqu'un toque instamment
contre la porte de la salle de projection
gondolant les images
recouvrant les sons du bord du lac
ramenant le spectateur à la maison


Lalo 4

c'est la fille qui ne respire plus
ne vous dérangez pas pour moi
mime-t-elle du bout des doigts
s'assoit au cœur des fauteuils rouges
une cigarette aux lèvres

les arômes de tabac relaxent sa bouche
palpable dans ses veines le bonheur d'être là
une agréable bouffée que partagent les autres
sinon le film c'est comment jusqu'ici
se demande-t-elle en silence

dans sa cabine le projectionniste infuse
assis sur un tabouret à rotation permanente
lui permettant de tourner à l'infini
sans monter ni descendre
pas comme devant un fichu piano

celle aux genoux mouillés cherche ses lunettes
sous le banc du voleur de sons
bredouille dans le gravier elle touche le micro
mains glacées lui sursaute et serre
serre jusqu'au bout la gorge de la taupe

le coureur dans la chambre carrée
a promu le monstre marin chef des marées
tu nuiras de toute ton énormité
ton ventre ballonné fera des bombes à eau
enquiquinant les hôtes de mon lac

la chanteuse aidera à m'évader
creuser un tunnel partant de tes galeries
vers le parking où un avion aura été cloué au sol
la berge en face sera plus proche qu'avant
et puis la nuit le lac est fermé à clé

sous ses dehors de bandit magnétique
l'étrangleur de sons est un informateur
venu libérer le plan d'eau d'un faux coureur
faux prisonnier faux amant
je suis là souffle-t-il

où est-il ce grutier trucideur de mes deux
que celui qui n'a pas peur prenne ma place
il a rusé
il a parlé le dernier
appelant la liquidation d'un soi en pluie

le docteur pousse son vélo jusqu'au banc de la myope
constate le décès
quel gâchis un si beau pelage
se lamente en ouvrant la fille par devant
comme un pyjama

s'il se mettait à déballer
le coureur dans sa tête aurait mille vide-greniers
du baroque et des curieux
déjà qu'il y a tout l'été des concours d'apnée
rétréci le lac n'en est pas moins profond

courir dans la neige
des oiseaux des guêpes gelées
attendre que descende l'ascenseur de l'amour
la cage transparente menant à la tour
où l'on devient rouge

la chanteuse organise un déballage
c'est qu'ils sont récents mes bibelots
des mentons des dents en vrac des tasses bouillantes
des babioles des yeux avec leur ficelle
des lobes d'oreille une boîte d'ongles de pied

au ciel on s'émerveille du bouquet de grues dorées
leurs flèches tricotant la cité de demain
sur une table devant la tente une cafetière en verre
on met d'abord le café puis l'eau bouillie puis on attend
on enfonce le poussoir en plastique

un chemin réduit mène à la pièce carrée
le lac au cou de printemps a dégonflé
l'avion reste vissé à terre
l'empreinte a bien été prise depuis la grue
hasarde-t-on dans la salle

à ces mots le projectionniste rallume la lumière
tout en grignotant une carotte
on ne commente pas l'empreinte en plein milieu
précise-t-il depuis sa cabine
opérant un retour au noir brutal

la chambre carrée a de la mémoire
les hommes y pleurent entre les phrases
tirent chacun à son tour sur un cigare
je suis désolé pour votre chien dit le docteur
ma roue a dérapé vous connaissez la suite

les apnéistes commandent tisanes et bouillons
s'échauffent aux radis
reniflent des branches de rhubarbe
à la brocante ils ont trouvé une boîte pleine de nez
les essaient l'un après l'autre

à l'ouest une opératrice fait allô allô allô allô
toujours par paire
rythmant le pas du coureur
son rêve visiter un jour la grotte du plongeur
y prendre une douche

l'ancien maître ouvre son cœur au docteur
accuse le manque de précision de son vélo
vos freins sont-ils vieux
ne m'en parlez pas usés comme certains de mes patients
il écrase le bout du cigare sur son front

la culture du lac n'est pas truquée
entre meurtres et cuculs de toutous
c'est une utopie réalisée
produisant sa propre truculence
une voie où ça tourne rond

cet homme exercé à courir vite
dépasse d'un iota sa propre vie
un projet si secret que personne n'est au courant
il a dynamité son petit chez lui
explosé l'optimisme intérieur

au début il faut s'accrocher
un corps qui court reçoit des coups
ce n'est pas naturel malmener son habitacle
mais la saison file et tout s'ordonne
sans rien cogner de doux

il passe devant l'âne la tente arrive à la chambre carrée
bande de cons arrêtez de gober les encenseurs
il avait envie de hurler ça
simule la fraîcheur en imaginant des gouttes de lait
les pellicules dansent sous sa casquette

rétrécir la rumeur est folle
le lac serait en train de rétrécir
pourrir tous ensemble avant retraitement
broyat fumeux où se mêle un soupçon de sang
évacué en même temps que la crasse de course

il s'assied à une table en face des fumeurs de cigare
actionne une sonnette avec le poignet
comme au comptoir d'un hôtel luxé
la chanteuse arrive avec une assiette creuse
la pose en disant c'est chaud

sa cuillère commence à faire tourner la soupe
où baignent quantités d'alphabets
il joue à composer des mots
ça ne va pas très vite
je reviens j'ai oublié le pain fait la fille qui chante

des réserves d'a d'e d'i au bord de l'assiette
petits tas de consonnes et c'est parti pour une phrase
je viens d'un monde où rien n'est rond
il a fait l'accent avec la jambe amidonnée d'une majuscule
on lui apporte du pain il dîne carrément bien

inviter cette fille à mieux le connaître
s'imaginer quittant la pièce enfumée
dans l'herbe à nouer des façons
s'éprendre de son slip espacé
ils auraient soif car au lac même l'eau se court

la chanteuse plaît aux hommes
en bon fou venu d'ufo
il lui demande d'aller se faire épiler
sur sa planète elles sont nues et glabres
à se lécher tout le jour dans les cafétérias

un matin reviendra l'enfant du chien
une fois déterrés tous les os qu'il aura pu trouver
quand on n'a pas l'heur de plaire
à ceux qui sont sûrs de leur bon goût
la mise au ban s'ajoute au hasard d'être différent

il avale un sandwich au foie gras
en disperse au bord de l'eau
régalant les canards
une concession lui a été offerte au bois menu
en échange du soin apporté toute l'année au lac

le passeur est un renard
le campement se situe près du parking
le cabot sous la voiture est encore tiède
l'âne et l'enclos
le brigand aux cent micros

broutements figés bruits
enregistrés sur bande
le sable s'écoule aux pieds de la broderie
femme à pubis lisse
toison dort

la muse reboutonne sa toge noire
vient de se faire monter par un ânon
étreinte atone imposture
foutre sans pression
elle ânonne le nez perlé

un nœud se noue dans le parcours
six scies bombent
chamboulent la gorge du coureur
la neige tombe si vite qu'elle remonte
d'où elle est venue

poumons mettent le cran d'arrêt
nuit de lumière éclairant le lac vidé de ses visiteurs
transition de noirs jaunissant
il s'allonge sous la tente sans avoir terminé sa soupe
le lit mité de ses mots

défunte aux genoux mouillés
en se tenant à carreau
avait fini de broder
les serviettes dont on abuse
au déjeuner

la chanteuse est sous la lampe à gaz
dépêche-toi car je ne peux pas trop la laisser brûler
j'ai tué et ne dispose plus de ces facilités
tu le sais alors réchauffe-moi de tes doigts doublés
mains d'amour mien

c'est un matin de riffs à la guitare
boire un gobelet de café oublié sur la table pliante
capuche noire passe devant la tente
d'un pas pressé échange coups de poing
sort du champ entre plaie et regret

il trotte et à l'orée va chercher du feu
le preneur de sons est assis sur un banc de bois mort
mange un bol de nouilles
applaudit l'arrivée du coureur
voulait être le premier à lui tendre une gourde

quelle joie d'être un fantôme
ça ne se voit même pas
quelle tranquillité de la part des pattes de chien
au passage du coureur chacun l'évite
savent qu'il aime shooter

à l'aire de jeux le plongeur se balance en autonomie
nommé la veille dauphin du pool aquatique
sous l'eau le dortoir des têtards est ventilé
bouteilles d'oxygène rechargées au soleil
déchargées à la nage

au bois la chanteuse voit son micro luire
elle réveille le voleur assoupi sur le banc
rendez-moi mon aide à l'organe vocal
le lui arrache des mains
beau joueur de tambour il la laisse filer

qui fait quoi à mon banc préféré
ai-je bien vu sans prévenir chacun se pétrifier
dans du verre de sarcophage
ces bancs sont-ils à moi oui ou merde
le bois est dans le lac j'ai les titres de propriété

c'est l'audition la chanteuse se jette à l'eau
la pie m'a pillé la pie torpille ce qui brille
dans la pie tout est toupie
vous voulez la refaire demande l'impresario
elle a tout donné

ce midi le docteur déroule sa foulée au lac
à la jetée glisse sur du vomi d'algues
se relève en imitant la nage d'un poisson
gonflant les joues pour plaire au monstre marin
et lui loue à l'heure un pédalo

le coureur écoute au casque des gazouillis
l'oiseau évoque de bons moments quand grutier
il lui laissait faire son nid tout en dictant ses idées
les enregistrant ainsi que son chant discret
qui aurait pu dire ce qu'il faisait là-haut

et si rien ne devenait comme après
l'infernale tournée peut-elle s'arrêter
au parking il donnerait des explications
peut-être même qu'on l'écouterait
avant de le lyncher

parce que camper en plein hiver
à réchauffer ses mains autour de la cafetière
c'est fumeux comme plan
je voudrais danser chez toi au chaud
dit la chanteuse

il fait zéro le chien est une glace
l'âne heureusement a de la paille mohair
avec son micro elle enfourche un vélo à l'abandon
capte le son du pneu sur la neige
velours entendu

surpris par le dépassement
lui se souvient du creusement
quel prisonnier du lac l'aurait oublié
la première fois au chantier la découverte
d'une herbe broutée sur les plaques de glace

les rochers bordent le domaine d'un paysagiste
taillant ses haies au point de fusion avec le ciel
voici la seconde chance de la chanteuse
dans la plaine alpine une lapine câline mes pralines
on vous écrira

retour à la surface léger coup de barre
sur le chemin entourant le lac en train de rétrécir
le grutier actionne le dernier étage de la fusée
depuis son fauteuil rouge cinéma
la construction des tours va commencer

quel fascinant charabia lance un spectateur
la fille qui ne respire plus reste sans voix
ils sont arrivés au bout de l'empreinte
seul le projectionniste se la coule douce
il a pris l'habitude de ne plus regarder ce qu'il montre


Lalo 5

passer de la trace dans le sable au fossile dans la pierre
du vague au stable du muet au parlant
chacun comprend l'importance de ce qu'il a vu
est-ce l'entracte ou la fin du tour
allons déjeuner on se projettera en route

le guide modifie l'ordre des calques
une fille décolle sans autorisation
s'expose aux représailles humaines
tombe à l'endroit du futur petit bois
en pleine parcelle de la zone à urbaniser

les spectateurs traversent le parc
empruntent une passerelle enjambant l'étang
l'empreinte est savonneuse
on n'y voit goutte
un tas de paires de lunettes échouées en dessous

l'azur troué crie sa douleur
il faut crever les pneus des grues
empêcher de telles élévations
qu'on n'ait plus besoin d'autant de terre
que le lac ne pas creusé

le médecin lit un abrégé de canonisation canine
l'idée qu'on imprime des histoires dans sa tête
seul sur son pédalo
l'envie de précipiter un millier de stylos à plume
du haut des vilaines tours ilili

sous la surveillance du plongeur
les apnéistes respirent en plein air
ça se passe bien chez les deux sexes
quelques étourdissements
après le goûter ils iront au ciné

ta prédilection pour les terrains vagues
une fameuse intuition
tes virées en landes non construites
où as-tu réalisé cette capture
à la cafétéria questions fusent

ils se repassent le film de la matinée
les plateaux garnis de repas bancals
posent les jalons de l'archéologie virtuelle
la fouille abstraite jusqu'à péter en ré
il faut encore répéter mademoiselle

le pouls du coureur se raffermit
il ne lève pas la tête au passage d'un bourdon
à l'aire où ses ailes battent à l'aise
se l'avale dans la bouche
dans la gorge

s'étouffe plus que
les orgues paresseuses
inondant ses oreilles
n'en peut plus de ralentir
que risque-t-il exactement

la chanteuse décroche un contrat du mur d'un producteur
il y a même déjà un disque en or avec
depuis c'est l'ennui de la tente
la visite d'un avion punaisé au sol quel supplice
ne pas s'évader d'ici est un jeu d'enfant

sa femme avait toujours refusé d'habiter au pied du lac
n'importe quoi avait-il répondu au pied de la grue
d'où était ensuite tombée une charge
de plusieurs tonnes
l'accident bête

après ça elle n'était plus là le soir
pour retranscrire les tranches de la vie d'un grutier
ses idées entraient directement dans le dictaphone
il chantonnait même au lieu de courir
la vue était splendide

le repas des spectateurs avance
on dégrossit le terrain
la capture a été faite depuis une grue très élevée
récemment installée à l'endroit des futures tours ilili
un projet destiné à loger de nombreux gens

j'aimerais remettre le lac en vente
il faudra m'aider à le nettoyer
avant ça on pourrait faire un pique-nique
une tomate si c'est la saison
ne pas oublier l'eau

ce film appelons-le ainsi va modifier le regard du public
pour la première fois nos images s'animent
pour la première fois il y a du son
oui pour la première fois les faits semblent
réels

le détricotage va prendre du temps
on a ce fugitif grutier campeur
sportif un peu malgré lui vous ne trouvez pas
moi c'est le voleur de micro qui m'a le plus intriguée
et cette chanteuse dans un train

à l'enclos où l'âne avale l'avoine
la cape noire n'a plus de carottes à lui donner
de retour d'une visite d'avion adhérant au sol
elle voit passer son prince qui ne la salue pas
tricote en rêvant de chats à peloter

il sautille entre les cailloux
court pour avoir moins peur
peur d'avoir fondu peur des lunettes qui se brisent
son cœur est un réchaud aux coins carrés
il bat en pure peur

vous rendez-vous compte que nous sommes là
à relater une histoire
avec certes des trous des bonds mais tout même
si c'est pas un nouveau pas
ça

il sent son ombre salée
assis sur un rocher regarde le lac
fume une cigarette placée derrière son oreille
s'endort entre les seins de la chanteuse
un peu plate sous ce type dont elle aime la prison

cette planète pourtant promettait
la chambre carrée où sont fabriquées
les balançoires les pneus au bout d'une corde
incarnés les chants de demain
façonnés les moules des immeubles

même la nuit le coureur n'arrive pas à se défouler
continue sur les chemins circulaires
d'aligner foulées caoutchoutées
émerge épuisé d'une nuit où il n'a pu songer
à rien

jarrets enduits d'huile solaire
il court
affronte un soleil nouveau
au bois où sa femme fait du cheval
au banc où la fille à lunettes a dormi sans eau

on peut parler au coureur sans l'essouffler
lui demander ce qu'il faisait avant
il ne répondra pas
essuiera la sève collée
à ses doigts

le plongeur réveille son dortoir englouti
les apnéistes répondent présent
c'est un piège et aucun ne remonte à la surface
sauf le nouveau venu
alors on a la frousse

le monstre marin lui sourit en découvrant
ses dents coiffées de plancton
attention au trotteur planque-toi
il le refout à l'eau d'une tape dans le dos
coupante

la pluie glisse sur ses jambes
il trotte
ramolli par l'averse
sur la berge rendue glissante
au virage où le chien pourrit

arrive à l'âne où sa chanteuse l'affame
elle a molesté la fille encapuchonnée
effondrée dans la paille rien de méchant
tact et talent sont sur un bateau
qui est-ce qui reste

le voleur de micro l'a suivi
suspendu à ses baskets
au point de frottement
il tient des propos bouchés
l'horizon crame

pas tomber pas soif pas d'orage
pas de baiser pas de pute pas de vélo
pas de foie de canard sur son lit de salade
pas de changement d'assiette
pas la carafe d'eau pas se planter de planète

et sinon vous pensez qu'il a quel âge
j'ai du mal à cerner si le chien et la femme
ont été écrasés
pareil pour savoir qui a été étouffé
si je vous disais qu'il habite dans l'univers

le dessert du jour arrive
glace pour tous avec une boule de vanille
trois de chocolat et cinq de menthe
servies en forme de pyramide inversée
la boule de vanille supportant l'ensemble

sur le mur des toilettes en rouge vif
le coureur de jupons a écrit
ce lac ne vous appartient pas mais à moi
en cas d'absence s'adresser à l'acolyte aquatique
camaraderie croustille

c'était copieux
même le projectionniste a eu du mal à finir
vite le café tassé
l'arôme de grains équitables
vous croyez qu'on se refait une toile

ils quittent la cafétéria retraversent le parc
digèrent en croisant quelques coureurs
quelques landaus mamans amants quelques savants
à la tête cramoisie d'avoir retenu leur souffle
dans le cadre de travaux immobiles sous l'eau

le temps est à l'orage
dans la salle de projection
où est le film
que se passe-t-il
sur l'écran c'est le grand blanc

sont-il en avance sur leur temps
la bobine des archéologues est vide
leur pelloche s'est fait la malle
remettre le futur en question
les voilà mal


Lalo 6

lui le coureur
elles la fille sans lunettes la femme à capuche
eux voleur de micro plongeur ancien maître docteur
elle la chanteuse
sont les habitants permanents du lac

arrêtez votre cinoche
dit dans sa gestuelle autoritaire la fille qui ne respire plus
l'empreinte s'est évaporée et alors
il n'y a qu'à en refaire une au même endroit
là où vient de démarrer le chantier ilili

sur son pédalo le docteur se penche vers les flotteurs
au bois menu l'ancien maître l'appelle
sans souci de l'engin loué le médecin se jette à l'eau
le rejoint et sur un banc chacun se demande
quel chien siffler

les spectateurs sont à l'emplacement du futur lac
les grues ont toujours été propices aux captures
plus hautes que n'importe quoi
généralement inhabitées
elles permettent une approche discrète

dans trois ans jailliront les premières tours
provisoirement nommées li
selon la modularité des blocs
ilili lorsque trois tourelles encadreront deux tours
et même un jour ililililililililililililililili

le coureur et la capuche
font ensemble un bout de chemin
arrivent à l'aire vide de jeux
foulée fondue
fantaisie

dans cinq ans les grues seront rentrées chez elles
il y aura plein d'habitations
et juste à côté
à la place du terrain vague ou gros trou
un lac

que la première empreinte mnésique soit future
n'a surpris personne
avec l'archéologie virtuelle c'est la loterie
le passé ne sort qu'une fois sur trois
à votre avis il a quel âge le grutier

au bois on a enseveli la fille aux genoux
un service très dingue avec course silencieuse
maintenant il y a surtout la chanteuse et le voleur de sons
s'allumant à tour de rôle au briquet
les sourcils

les yeux dans le vague sur le chantier
comme une gravière
visant la forêt lointaine de flèches d'acier
le projectionniste se lance
je dirais qu'il a trente ans notre grutier

donc dans les vingt-cinq aujourd'hui
rectifie d'un geste assuré la fille sans souffle
assise sur un banc fait d'une planche et de parpaings
à côté d'un fût en métal chaud
débordant de marrons

aux jeux vides le coureur
fait l'amour à la muse
ses longs cheveux noirs
son fourreau étroit
que leur a-t-il manqué

et s'il avait quarante ans lance un spectateur
donc trente-cinq maintenant corrige la fille artificielle
son âge n'a jamais été évoqué fait le projectionniste
l'orage éclate annonçant l'hiver
les autres spectateurs commencent à s'ennuyer

après l'enculage sur la balançoire
elle et lui sont allé manger des moules
il a fait plusieurs roues dans l'herbe
à la joie de chiots le poursuivant en jappant
jusqu'à la jetée de l'ami marin vous avez réservé j'espère

on sait que le lac sera ici
et les tours là-bas
on sait que les travaux commencent demain
j'ai demandé la liste
il y aura cent deux grutiers travaillant en alternance

sur le banc en verre trempé
sarcophage où dort la transparence
la chanteuse brûle les yeux de son voleur
ça chatouille sous la flamme du briquet
à moi c'est à moi entonne-t-il à tâtons

après la mouclade
la muse offre une cigarette au coureur
qui la pose derrière son oreille
pour quand j'aurai fini le tour du monde
de mon cœur

sa femme est encore en vie font les spectateurs
nous pouvons empêcher un crime
l'idée part d'un bon sentiment
mais le devons-nous vraiment
demande la fille qui ne respire plus

on ignore s'il est déjà devenu grutier
s'il a rencontré cette femme qu'il va tuer dans cinq ans
ni quand il doit il le faire
on sait juste vaguement comment et en plus
personne n'a retenu son prénom

la chanteuse désirait très fort occuper ce banc
le meilleur pour guetter le coureur de sa vie
après on verra mon salaud
il est difficile de courir en été
sous le soleil fini

le tour a repris
ça respire
elle vient d'un pays où les lacs sont des pipis de montagne
s'évade vers la chambre carrée
voit des gens s'enrouler dans une couverture

lui consulte sa messagerie
installée directement dans l'oreille interne
il fait si chaud elle trépigne
tire de son sac un paquet de tabac
sur le dos du voleur se roule une cigarette

je hais ces futures tours lance le projectionniste
pourquoi ça s'étonne la fille artificielle
de mon côté je viens d'acheter un bloc dans la tour l
savez-vous
tout est déjà réservé jusqu'à ililililili

quand on creuse un lac ajoute-t-on l'eau tout à la fin
on gèle cet après-midi
nous autres archéologues
respectons l'hier autant que le demain
il me semble donc difficile d'intervenir dans cette affaire

sur le cadran de sa saison
le coureur se situe au kilomètre zéro
ses jambes ne lui obéissent plus
au bois les bancs sont vides
sous l'eau les apnéistes cherchent des traces du passé

ils sont reçus par un monstre marin
retiennent aussitôt leur souffle
portent le bonnet de bain réglementaire
tiennent facilement cinq minutes à ne rien faire
et sans respirer

arrivé au point où le chemin de terre se termine
je fais mon bagage
que cesse le lac je retourne à ma tour
le plongeur s'occupera du courrier
c'est ma concierge

alors quoi on refait une capture ou pas
peut-être qu'elle nous donnerait d'autres détails
écoutez fait la non fille nous ne sommes pas de la police
si l'empreinte s'est effacée de la pelloche
c'est peut-être un signe venu tout pile du ciel

je vis seul mais autour de moi
bon sang une dizaine de tentes
j'emporte ma bassine de vaisselle
vers l'évier commun aux campeurs
l'été il y en a pléthore

les grands congés
tout a fait peau neuve
vite repeints les bancs
ratissés les chemins
on a même regonflé les canards

imaginez
si l'on trouvait et le bon grutier
et le moyen de l'empêcher d'agir
il n'irait jamais au lac
nous n'aurions rien découvert

tout serait bouleversé
il faut fuir cet endroit au plus vite
laisser se débrouiller
ceux qui vont le fréquenter
dans cinq ans

le coureur arrive au parking
où des gens se sont garés
au lieu d'être ailleurs
ils existent bel et bien sans moi
songe-t-il

tout est précaire
dedans comme dehors
rien n'est jamais acquis
à peine croit-on avoir couru
qu'il faut refaire l'amour

moi je ne suis pas d'accord fait une spectatrice à lunettes
éteinte jusqu'ici
moi je reste ici encore un peu
moi je vais dormir sur ce banc sommaire
moi je veux réfléchir à tout ça

au parking un autre coureur
file devant le coureur
il se décompose à la perfection
à en couper le souffle dis-moi
tu me redonnes une chance

as-tu encore été chassé
et de chasser n'as pu t'empêcher
on aimerait que les femmes
laissent nos surfaces tranquilles
enfin pas tout à fait

un soupçon de triche
gentil le chat que m'apportes-tu
une chanteuse et un bouquet de sable
une muse à capuche
quelle légèreté

nous irons voir un film ou lécher des vitrines
juste avant je passerai me pendre
et tu cesseras d'être embarrassée
avec cette histoire de capture faite il y a cinq ans
qui devait impacter mes faits et gestes

en attendant je cours et c'est tout
dedans autour
sous le bocal de verre
au pied de marées basses
dans l'attente du point final

au soir le monde va se coucher
sauf la femme à lunettes restée au chantier
sur le banc de fortune à côté du baril de marrons
les autres se sont résignés bien vite
si seulement elle se rappelait le prénom du grutier

lassé de parkings
au matin nager jusqu'à la gare
s'intéresser aux convois de demain
un thé à la main des biscottes dans les poches
as-tu pensé à aérer la tente

secouer les draps
retaper l'oreiller
se serrer dans les profondeurs
contre lui
sous aile

qui a dit qu'on devait être en hiver deux jours de suite
il cite beaucoup sa planète
comme s'il lui fallait rappeler
où nous sommes
étrangers

c'est la nuit au pied du prochain lac
seule dans ses moufles
la femme à lunettes a visité une grue au hasard
y trouvant un dictaphone
elle a chanté dedans gaie comme un pinson

ce matin le médecin a la frite
en enfilant son bermudas
au cabinet il va toujours à vélo
ensuite il peut passer par le lac
manger des amuse-bouche au foie de canard

attendez
si si il faut reporter
pense le maître dès son réveil
sorte de prémonition qu'il a eu toute sa vie
un jour mon chien va crever

remords au petit jour
le projectionniste et la fille artificielle
retrouvent leur spectatrice obstinée
endormie gelée
ils ont apporté une bouteille d'eau

foutez-moi la paix
toi je t'enrhume crache-t-elle au projectionniste
c'est dément
le temps qu'on a
quand on aime

sois gentille intervient la fille qui ne respire plus
le futur n'est pas de notre ressort
avais-tu prévu de vivre toi
vous avez raison conclut la myope
libérons-nous de ce merdier


Lalo 7

les images se concentrent
convergent en pointillés vers la boîte à capture
une entrée minuscule trou d'épingle
à bords courbes
où l'empreinte s'amenuise

je hais ces tours dit le docteur sur son banc
vous savez j'y habite répond l'ancien maître
ça fait cinq ans et elles sont confortables
bien sûr à l'époque j'avais choisi une i
fallait pas se tromper

vous mendierez tant prophétise le médecin
ces tours ne valent plus rien
on dit qu'ils vont en construire de nouvelles
l'implosion est prévue fin d'été
pour faire place au modèle omomo

tout ça c'est dans la tête du coureur
même quand on croit qu'il ne court pas
il court après le temps perdu
temps revenu courir avant celui de n'être plus
sens de la marche

je pleure de me deviner si laide en cette impasse
accrochée comme une étoile sur un rocher
la muse renonce à ses ambitions
mélange de miettes et de sable
reflété dans le lac

il porte un short et des socquettes
une casquette et un maillot noir
héritier de l'ennui l'avenir le concerne
en démontant la tente il revoit les instants
d'une vie marrante

droit de rire et droit de dire
le droit de nuire c'est à qui le tour
garder l'espoir de reconstruire un jour
un château moins fragile
certain et sûr

c'est le temps de vivre universel
sur la plage d'un lac changé en océan
les hommes retirent tous leur maillot
sexes suspendus avant d'apparaître aux sirènes
chants redressent les membres du club

un calque animalier se superpose au plan d'eau
présence de nombreux rampants
leurs pattes sur le sol alourdi
le coureur foulé aux pieds par une armée de rongeurs
et dizaines de chiens chats

il voit courir araignées et rats guêpes aussi
canards patinent sur le verglas
bataillent avec oie puis pie aux verres brisés
la monture en métal doré
aisée à prendre dans son bec

perché sur sa grue devant les tours
le récit dicté de ses désirs sa femme se les tapait
un goût d'âne imprègne son palais
à traîner sa bedaine au fond de la gorge
accélérant le pouls des tempes

relâchement au bout du bout
du tunnel le dernier tour
de petites ailes
poussées dans le dos
rien n'est vraiment exténuant

j'irais bien encore une fois à la chambre carrée
voir surgir une femme en habit
manger de la glace à aboyer
trois boules aux graines de café
comme des seins de chienne

j'ai fait des réparations dans ma tête
en liberté au pré
mon galop épouse l'ovale du lac
avant le petit bois tout était forêt
il fallait creuser ça

le coureur interrompt le baladeur
décroche les écouteurs
les poux des débuts tombent de ses cheveux
il n'en manque aucun
les contours de l'aire de jeu s'estompent

de la balançoire il ne voit que le tracé
ainsi des tapeculs des bancs
du grillage et de la jetée
le squelette l'armature apparaissent
l'enclos les ongulés s'envolent vers le ciel

le chemin de promenade perd un à un tous ses cailloux
les poissons remontent à la surface
débordant de nageoires
le lac est un contour au feutre noir
dans l'air saturé de bourdons

le pays une esquisse
dessin restant à colorier
sa tente un triangle creux ne le protégeant plus
à l'intérieur la fille en cape noire montre les dents
elle est ossature

il se frotte les yeux
accélère autour de l'ellipse au crayon
imagine une fourche le long d'un arbre
au bout de la branche la déviation se produit
déménager

s'étreindre en noir
rejouer la marche sur la piste de verre pilé
je palpite débutant sous mon meilleur tour
pas rater l'entraînement
vision de cloches

j'ai bordé les bébés poissons
de l'alcool pour faire plier les hommes carrés
au chantier j'ai donné des explications
décrit sans enjoliver le monstre marin
émerveillé par mon bon goût

j'ai vécu au pied d’un lac truffé de micros
lèvres coupées au bord de l’assiette
je creuse je croise je taquine
salive sombre à enfermer
je pense à toi en me gavant de glucose

une facette enthousiaste
ton cul sans rival connu
sous la tente tes mots en sueur
des plis dans les phrases
on n'avait pas beaucoup dormi

elle est partie par là
je cours vers l’âne et me prends les pieds
rechute la reconstruction
à la maison mes pilons
j'ai ri c'est gai

la fille en bure en conserve en tubes
la fille est en matières
la course au capuchon
la lumière s'étire à l'abri des boucles
une bombe dans son coffre à pain

l'air moins mollet
l'amour mène à ma bouche remplie de dés
le nouveau robot a des œillères
au chantier il danse bien
couché dans ses chaussons

les arbres n'ont pas de cal au pied
ton visage chou sous le lac en pierre
la fausse demande des princes
qui aurait pu manger autant de glace
au temps des usines maigres

le verbe essouffler monte l'escalier par le nez
l’hygiène de la fumée
le long des lois une planète a voté la promenade
flaque au cirque d'organes câblés
où le piano pliant se plaint

ainsi va le lac
les défunts du bois
dont on a déjà oublié les noms
vouloir la joie n'est pas un délit
le bonnet bien vissé

qui veut refaire un tour
on ira doucement
un peu de silence je vous prie
en sortant de prison
n'oubliez pas de refermer la porte.